25.02.09
Henriette Walter, Aventures et mésaventures des langues de France
Henriette Walter
Aventures et mésaventures des langues de France
Editeur : Temps
Publication :20/11/2008
L’auteur est professeur de linguistique à l'université de Rennes et directrice du laboratoire de phonologie à l'École pratique des hautes études à la Sorbonne. Elle a rédigé de nombreux ouvrages spécialisés ou de vulgarisation. Elle a beaucoup travaillé avec le linguiste André Martinet sur qui j’ai écrit une petite notule dans un numéro du Bénon, petite revue d’histoire locale savoyarde.
http://www.la-salevienne.org/benon.php?Num=0&Motcle=
André Martinet - d’origine savoyarde - a écrit un livre sur le patois de son p'tit bled.

Dans cet ouvrage Henriette Walter étudie les langues régionales de France : le corse, le basque aux origines incertaines, le breton etc etc.
On trouvera aussi un chapitre sur le franco-provençal, famille de langues à laquelle appartient le savoyard. L’auteur étudie l’originalité de ce parler et les quelques mots pouvant être d’origine burgonde (rippe etc.)
Voici un livre savant, bien documenté et facilement lisible.
28.01.09
Avantages et inconvénients de l'histoire locale
Histoire locale et régionale
Auteurs : Guy Thuillier et Jean Tulard
Editions P.U.F., collection Que Sais-je ?
CONCLUSION
[…]
Première leçon : l'historien local a des privilèges : il a un terrain de chasse privilégié, un temps libre, assuré, il peut mesurer son effort. Mais on voit bien les risques : un sentiment de la propriété exagéré, la fermeture sur soi, la surestimation des travaux, une dispersion fâcheuse, l'incapacité de transmettre son savoir, parfois le découragement devant l'ampleur de l'effort, le sentiment de son inutilité : il faut que l'historien sache réagir contre ces dérives.
Deuxième leçon : l'historien local - comme tout historien - cherche à « maximiser » son plaisir, il a une liberté de jeu redoutable : il peut en profiter pour explorer sans contrainte, aller à contre-courant, se moquer des modes... C'est un rêveur par définition : ce qui explique la gêne des historiens de métier devant cette démarche indépendante, […]
12.01.09
Pierre Nora, l'histoire et la mémoire
Pierre Nora, entretien
Le Monde 2
18 février 2006
La mémoire relève du magique, de l’affectif et elle ne s’accommode que des informations qui la confortent. […]
L’histoire est le résultat d’un travail soumis à des procédures contraignantes. […]
La France, en effet, est malade de sa mémoire. Je crois que cela tient précisément à l’intensité traditionnelle qu’a entretenus la France avec l’histoire, avec son histoire. […] L’école a évidemment joué le rôle central. C’est ce modèle historico-mémoriel de la nation qui s’est rouillé.
En vingt-cinq ans la mémoire a beaucoup changé. Elle est devenue un phénomène quasi religieux qui fait du témoin une espèce de prêtre. Et les conflits mémoriels sont devenus des guerres de religion, des guerres saintes. […]
On est passé d’une mémoire modeste, qui ne demandait qu’à se faire admettre et reconnaître, à une mémoire prête à s’imposer par tous les moyens. […]
L’appel à la justice est devenu, parfois, un appel au meurtre […].
L’idée s’est répandue que la mémoire détient sur l’histoire un privilège qu’elle tire de la morale […].
Il faut chercher à comprendre, pour le dépasser, le pourquoi de cet impératif mémoriel, mais ne rien lui céder. […]
Au point où nous en sommes, c’est-à-dire menacés d’une réécriture complète de l’histoire du point de vue des victimes […].
Dans un monde où il n’y a que le « bien » et le « mal » l’historien n’est pas chez lui. […]
L’histoire n’est pas manichéenne, on a honte de le rappeler. […]
Si on enseigne un évènement seulement parce qu’il est un crime contre l’humanité, on amorce une spirale dangereuse. D’abord parce que l’on fait de l’enseignement de l’histoire une litanie de crimes contre l’humanité, je ne vois pas les raisons que nos enfants auraient de s’y intéresser, et les professeurs de l’enseigner. […]
Le vrai problème est moins celui de la concurrence ou de la solidarité des victimes que celui de l’incompatibilité conflictuelle des mémoires. […]
29.04.08
Le goût de l’archive
Arlette Farge, Le goût de l’archive, Seuil 1989.
Page 86
Pièges et tentations
Cela vient insensiblement, sans presque y prendre garde ; la prédilection pour l’archive peut devenir telle qu’on ne sent méfie pas, qu’on n’aperçoit ni les pièges qu’elle tend ni les risques pris à ne pas lui imposer une certaine distance.
Page 106
Reconstituer les faits a posteriori n’est jamais commode d’autant plus que la plupart des dossiers offrent in fine une version qui est bien souvent celle de l’ordre public.
Page 112
Le procédé anecdotique est un outil inutile, il rend compte de rien ; le goût pour l’étrange n’est pas non plus d’un grand secours, tant il déforme le regard sur les documents.
Page 114
Finalement, il n’existe pas d’histoire simple, ni d’histoire tranquille.
Page 115
Ainsi la première illusion à combattre est-elle celle du récit définitif de la vérité.
Page 121
Les faits ne sont rien s’ils ne sont pas réinsérés dans les représentations qu’on a d’eux, représentations qui les réalimentent ou au contraire peuvent en diminuer la progression et l’acuité.
Page 145
On ne ressuscite pas les vies échouées en archive.
06.01.08
L'étude des noms de lieux
Nota bene
- Ces lignes furent écrites vers la fin des années 1980 et les références bibliographiques datent.
- Je ne suis pas spécialiste ni de toponymie ni de linguistique. Ces notes sont celles d’un amateur et viennent d’informations glanées au cours de recherches historiques.
Où trouver des toponymes ?
- Comptes de châtellenie
On y trouve des listes de censits, taillables et justiciables parfois nommés d’après leur lieu d’habitation. Ex pour Vulbens au XIVe s. les Pallud, Verney etc. Voir aux archives départementales de Haute-Savoie (ADHS)
- Terriers anciens ou tous document sur les droits fonciers d’un seigneur laïc ou ecclésiastique.
- Le cadastre sarde de 1730
Le nombre de « mas » (lieux-dits) varie suivant la personnalité de l’individu qui établissait les registres et des paysans interrogés. Certains enquêteurs, plus courageux, ont établi une longue liste au lieu de bâcler leur travail. Certains « syndics» ou indicateurs furent plus loquaces et mieux informés que d’autres. Ex à Dingy-en-Vuache, en 1730, il y a beaucoup plus que toponymes (245) qu’à Vulbens (54 + les 32 des Bans) et Chevrier (76) alors que le territoire de Dingy est presque deux fois plus petit que Vulbens. A Dingy nous avons en 1730 (et en 1870) un toponyme pour 3 hectares. A Vulbens (sans Bans) en 1730 il y a en 1730 un toponyme pour 20 hectares. Cela ne dépend pas seulement de la taille du territoire concerné mais aussi de sa couverture : plus il y a de forêts et plus le nombre de toponymes est faible.
- Le cadastre de 1870
Versé aux ADHS après avoir été dans les mairies. Il y a un deuxième exemplaire à la DDA. Voir aussi les Numéros Suivis aux Archives Communales.
- Le cadastre actuel : mairies
- Actes notariés (ventes, baux, partages)
Voir par exemple quelques années du tabellion (ADHS et AEG). On peut aussi « éplucher » le tabellion en prenant tous les actes d’un notaire. Ne pas oublier de consulter les registres et inventaires notariés aux Archives d’Etat de Genève (AEG).
- Archives privées - Cartes anciennes
Voir à la B.N.F., et aux Archives Nationales (Paris), à la Cartothèque de l’Institut Géographique National (Saint-Mandé), à Chambéry, à la Bibiothèque de Genève, la Cartothèque de Genève...
- Archives diverses
Office National des Forêts, Compagnie Nationale du Rhône, sociétés autoroutières, DDA etc.
- Voir les Anciens
Il faut aller voir les anciens agriculteurs et les chasseurs. Ils ont des souvenirs qu’il est précieux de noter avant qu’il ne soit trop tard (d’ailleurs, il est souvent trop tard !). On profitera de l’occasion pour noter les anecdotes, amusantes et même instructives sur la vie et les mentalités d’autrefois. Les personnes âgées connaissent (connaissaient) des noms de lieux jamais ou rarement mentionnées par les archives écrites. Par ex. le Crêt Mossu à Dingy (sur la pente du Vuache), les lieux-dits la Maladière à Chevrier et Vulbens (dans la plaine), le chemin de Mortavi à Vulbens (au-dessus de La Fontaine), le Colu Mammu à Chevrier (repli du mont), le nant de Guinder à Chevrier (sous la voie ferrée) etc.
Ces personnes connaissent des prononciation disparues ou en voie de disparition. C’est ainsi que le nant de Couvatannaz à Vulbens se prononce « couatanne », forme confirmée par des archives privées, alors que les archives publiques citent la forme «Couvatannaz » depuis le XVe siècle.
Le lieu-dit « les Reffaz » (Dingy) se prononce « les Riff » d’après les Anciens (confirmé par un dépouillement des archives des XVe et XVIe s. ; en 1447 "sallicibus de Riffas", "Selicibus dicte Riffaz" (= les saules de Riffa ?), "en Riffaz », ou Raffort", « ou raffoz ». Puis « la Reffal » en 1588, « en la rifa» en 1735.
Sous Faramaz se trouve « le Grincé », déformation de « grand essert ».
La technique pour interviewer n’est pas évidente. Le magnétophone peut intimider, il est peu pratique à transporter. Il y a des dictaphones, plus maniables. Depuis que j’ai écris ces lignes le progrès a encore avancé. Formidable.
On peut prendre des notes écrites pendant la discussion, ou après, une fois revenu chez soi (c’est ce que je fais en général). Il faut vérifier : reposer les mêmes questions une deuxième fois (en faisant semblant d’avoir oublié), les poser à quelqu’un d’autre, confronter les sources orales avec les archives écrites.
Méthodes d’analyse
Attention aux erreurs de lecture. J’ai failli confondre « refour » (four à chaux) avec « retour », « la pierre » avec l’épine », « Gille » avec « Lille », « Genève » avec « geneure » (genévrier). Un jour de fatigue, un "chemin des mouilles » est devenu un « chemin des morilles ». Je salivais déjà... J’ai cru trouver un toponyme « Daviet » à côté de l’église de Chevrier, ce qui m’a conduit jusqu’à saint Avit...
Comparer les documents
Pour qu’une information soit sûre, il faut qu’elle soit donnée par plusieurs sources. On nomme cela la concordance des sources. On m’a parlé des toponymes « la Corne au More », « Pré Pounet » etc. situés à Vulbens : plus tard j’ai trouvé mention de ces toponymes dans des archives écrites. Ils existent donc vraiment. Par contre le « nant d’Hiver » de Vulbens, cité ainsi dans les cartes IGN est signalé dans le cadastre sarde sous la forme « nant du Ver » ou du « Var », ce qui fait penser à un hydronyme pré-celtique.
Les noms de lieux étaient généralement en « patois » savoyard. Il faut connaître cette langue. Cela permettra de savoir que les lieux « Sisia » (Vulbens) et « dessous lassisa » (Dingy) viennent du nom patois de la haie (chize). Que faut-il en conclure ? Que ces toponymes datent d’une époque, le Haut Moyen Age, où les haies étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui, donc plus remarquées et donnant à des noms de lieu ? L’endroit dit « Lavullion » à Vulbens, au confluent des nants d’Hiver et de la Vosogne vient d’un mot qui désigne une pointe. L’endroit dit « le croisonnier » (Dingy) vient du nom du pommier.
Pour connaître le « patois » j’ai utilisé :
- Fenouillet, Monographie du patois savoyard, 1903
- Chanoine Gros, Dictionnaire étymologique des noms de lieux de Savoie, 1935,
- Charles Marteaux, Répertoire des noms de lieux de l’arrondissement d’Annecy, 1935-40
- E. Schüle et alii, Dictionnaire des patois de la Suisse romande, 1955
- Bridel, Glossaire des patois de la Suisse romande, 1866
- A. Constantin et J. Désormeaux, Dictionnaire Savoyard, 1902
- Dauzat, Les noms de lieux…
- L. Guinet, article sur les noms de lieux en ens ou ans (...) dans Revue de Linguistique Romane 1928
- Les études de G. Taverdet sur le Jura
- Le Dictionnaire franco-provençal (Slatkine Reprints)
Le patois varie d’un endroit à l’autre.
Un mot veut peut signifier telle chose en Tarentaise et une chose totalement différente au Vuache. Se demander sur quelle partie de la Savoie porte le dictionnaire ou le l’étude toponymique que l’on a sous les yeux. Les accents varient aussi.
Le patois varie dans le temps.
Les noms et mots connus par les personnes âgées ne sont pas ceux que leurs prédécesseurs parlaient au Moyen Age. Ces mots ont varié, comme dans toute langue. Tel ou tel toponyme peut correspondre à une couche ancienne. Par exemple « les Reffaz » à Dingy : ne serait-ce pas une forme ancienne de « refour » (four à chaux) ?
Autre exemple, « l’allouette » et « le cu de la loi » à Dingy-Jurens ne viennent-ils pas du mot « loe » (terre humide), mot que les patoisants ne connaissent pas ou plus mais qui existe encore en Suisse Romande et qui a l’avantage de correspondre à la nature «mouilleuse» du sol ?
Noter par écrit un toponyme pose problème. Comment noter par exemple le « O » spécial du mot « Roclo » (Raclaz) ? Comment noter le nom patois du Vuache qui est « ouache » ou « ouche » ? Faut-il utiliser le o » ou » le « w » ? Comment noter le « s » savoyard qui ressemble au « th » anglais ? Il existe une méthode de notation des phonèmes, « la graphie de Conflans pour le savoyard » parue dans le n° 135 de la revue des Amis du Vieux Conflans. Ceci dit, je doute que pour les non-spécialistes, cette lecture puisse être profitable car trop complexe.
Il faudrait connaître les règles de la phonétique. On m’a recommandé « initiation à la phonétique de l’ancien français », Klinsiek, 1982.
Les noms de lieux peuvent être mieux compris avec des dictionnaires de vieux français, puisque le patois savoyard qui appartient au groupe franco-provençal est proche des dialectes d’oïl. Voir par exemple le Dictionnaire du Vieux Français de Godefroy.
Il faut avoir des informations sur l’histoire du coin.
La liste des familles ayant habité l’endroit depuis quelques siècles peut servir. Par exemple « Chez Barrand » à Dingy-Raclaz fait référence à une ancienne famille aujourd’hui disparue. Le « pré Cochon » à Dingy-Jurens fait allusion à une famille de ce nom : j’ai trouvé une famille Cochon vivant non loin, à Chancy, au XVe siècle. Il en est de même pour le bois Minget à Vulbens (toponyme proche à Jurens ; famille de paysans aisés au XVe s.), les champs Bonnet à Chevrier (famille présente à Chevrier depuis le XIVe s. au moins). Voir ausi le lieu « dessus Livron » à Dingy (famille arrivée au XVIe s. peut être (?) apparentée par les bâtards aux Livron seigneurs de Savigny et de Dingy).
Il faut connaître les surnoms héréditaires : parfois c’est lui et non le nom légal qui laisse une trace. D’autant plus que jusqu’au XVIe s. il n’y a pas de différence claire entre le nom de famille et le surnom héréditaire. J’ai trouvé une famille indifféremment appelée Barral ou Arembor suivant les générations. Les Barrand portaient en réalité le nom de Cons. « L’Essert Compagnon » de Vulbens fait allusion à une famille Burnod dite Compagnon. Le lieu-dit « Borgey » à Vulbens-Cologny garde le souvenir d’une famille Pasteur ou Borgeys venue s’y installer avant le milieu du XVe s.
Jadis et encore maintenant on était tenté de chercher l’origine « ethnique » des toponymes. Parfois la recherche est fructueuse : le nant de la Borbannaz qui jaillit au pied du mont Musièges évoque Borvo, le dieu de sources bouillonnantes chez les Gaulois. Mais il faut rester vigilant. Je me rappelle B affirmant que Vulbens était Gaulois parce que le nom patois, Vrobin, le faisait penser à la nation gauloise des Verbigènes, citée par César dans ses Commentaires. Nation qui demeurait dans les environs.
Certains spécialistes ont leur marotte. Il y a des modes et des a priori. Vous rencontrerez des celtomanes qui voient partout l’influence des Gaulois. D’autres ne jurent que par Rome et la langue latine : à leur yeux tout ce qui précède ou qui suit n’a pas laissé de traces. Une autre espèce voit partout des toponymes germaniques ; dans la région du Léman et de la Savoie il y a des chercheurs qui voient dans l’influence burgonde un socle identitaire.
Achtung ! E périculo sporgesi ! Danger !
Un toponyme en « y » n’est pas toujours antique. Il peut s’être formé au Moyen Age. Comment analyser le toponyme « Cologny » ? Il doit faire allusion à des colons, c’est-à-dire des exploitants agricoles dépendants d’un maître. Mais des colons antiques du IIIe s. ou des colons médiévaux du XIe s. ?
Certains toponymes sont récents et il est inutile de remonter jusqu’à la nuit des temps pour en trouver l’origine ! C’est ainsi qu’un chercheur s’est imaginé que la Semine (région à l’ouest du Vuache) tirait son nom d’une migration de l’ère préhistorique et alla dépouiller les atlas de Sibérie et de Chine pour trouver le berceau du peuple en question. Il s’interrogea même sur la parenté possible entre les habitants de la Semine et les Indiens seminoles : c’est à mon avis une piste inféconde... Certains toponymes se sont fixés il y a peu : ainsi la ferme La Rivoire à Cologny (Vulbens) a longtemps porté ce nom sur les cartes IGN parce qu’une famille de ce nom y avait vécu quelques années à l’orée du siècle. Les cartographes négligèrent de vérifier si ce nom restait en usage. Non loin de Cologny le « Corps de Garde » signalé par les cadastres de 1730 et 1870 désigne un ancien poste douanier qui surveillait le Rhône et la berge. Ce poste n’a pu être édifié qu’après le traité de 1601 qui donne le Pays de Gex à la France. A Chevrier le « sentier de la batterie » désigne un emplacement de canon datant des opérations militaires de 1814 ou 1815.
Quelle est la surface et quelles sont les limites du terrain qui porte le nom étudié ?
Il y a de petites différences entre les numéros parcellaires désignant un toponyme sur la cadastre de 1730 et celui du XIXe s. Inutile d’en faire tout un plat ! Cela ne signifie pas grand chose.
Le cadastre sarde cite un toponyme « Contamine « en bas du village de Vulbens : il lui attribue une grande surface. En réalité dans le terrier de 1447 ce toponyme semble moins étendu. Pourquoi ? Parce que les enquêteurs du cadastre sarde pour Vulbens ont retenu une petite liste de noms (alors que ceux de Dingy en ont beaucoup plus).
Dans le terrier de 1447 la désignation des lieux est plus réaliste : on cite deux et parfois trois noms pour un lieu.
Se promener sur place
En allant à « Tire-Cul », le promeneur essouflé, épuisé, suant à grosses gouttes, comprend que c’est la forte pente du chemin qui explique ce nom. Le « Mollard » en-dessous de La Fontaine est un petit monticule, un môle.
Eplucher les cartes IGN au 1/25 000, (les plus lisibles sont celles de l’ancienne édition, en noir et blanc, réalisées à partir des photos aériennes de1934). On recherchera des toponymes ressemblant à ceux que l’on étudie.
Près de Cologny (Vulbens), sur la berge, certaines cartes (peu nombreuses) et certains textes mentionnent pour les XVIIIe et XIXe s. un chemin dit « de l’Enfer », en contrebas du talus. Un instant j’ai été tenté de faire un rapprochement avec l’implantation à Cologny d’un établissement Templier puis Hospitalier. En fait en regardant de près la carte IGN du Crêt d’Eau je vois entre cette montagne et le Sorgia, une « combe de l’Enfer » aux pentes escarpées. Le bouquin de Charles Marteaux confirme que l’Enfer désigne un terrain situé en bas.
Feuilleter des travaux sur des localités éloignées.
Lire le travail de P. Dufournet sur Bassy-Veytrens : une Bible !
Voir la thèse de G. Duby sur « la société aux XIe et XIIe s. dans la région mâconnaise » (utile pour des toponymes comme manses, courtil, collonges, clos, essert...).
G. Fournier dans son étude sur « le peuplement rural en Basse Auvergne » nous informe sur les condamines, clos etc.
Ne pas négliger Ch. Higounet sur le Toulousain et R. Fossier sur la Picardie.
A. Deléage dans sa « vie rurale en Bourgogne » tenta de dater les toponymes d’après leur forme : risqué mais passionnant.
Le nant de la Vosogne (Vosogny en 1447) est un profond talweg délimitant le mandement du Vuache. Or, cet hydronyme se retrouve ailleurs. Cela fait penser à Vésunna, source divinisée de Périgueux.
Ne pas oublier de lire des études historiques. Il faut s’informer sur l’évolution des techniques agricoles, l’évolution des diverses sortes d’araires et de charrues, les modes de labour etc.
Pour commencer :
- Robert Fossier, Enfance de l’Europe, collection Nouvelle Clio, PUF, surtout le tome 1, chapitres 1-B, 3-A et 3-B. Ne pas manquer les pages 169-171 du tome 1.
- Histoire de la France Rurale, en 4 volumes, éditions du Seuil.
Ne pas prendre ses désirs pour des réalités.
J’ai longtemps espéré qu’à Dingy le toponyme dit « Chattolliet » au XIXe s.(Chatoille en 1730) pourrait désigner une maison-forte du XVe ou XVIe s. qui existe encore (Raclaz). Mais les textes du XVe s. citent les formes « damon de che chatolliet », « domin Chatellionel », « en Chatolliet », « domont de Chastellionet », « supra domum dicti Chatolliex ». Cela me fait plutôt penser à un nom de famille paysanne. Rechercher ce que veut dire au XVe ou XVIe le forme « chez Untel ». Cela correspondrait-il à un affaiblissement de l’emprise seigneuriale suite aux ravages économiques causés par la peste de 1348 ? Renforcement provisoire de la paysannerie aisée ?
Que penser du toponyme "Penloux " attesté au XVe s. L’endroit où l’on pendait les loups ? Sur quoi repose cette affirmation ? Que veulent dire « louvet » et « orset » ? Vérifier, vérifier...
La « ville » n’a pas le sens de « villa » romaine : ce mot avait aux XVIe et XVIIe s le sens de village, agglomération.
Le hameau de Sarzin, au sud du Vuache, tire son nom d'un propriétaire gaulois ou romain et non des Sarrazins. Quand à la Maurienne, aucun rapport avec les Maures ; son nom est cité par Grégoire de Tours au VIe siècle, alors que l'Islam n'était pas encore né (A Gros, Dictionnaire).
On évitera des déconvenues en privilégiant l’étymologie géologique, pédologique, hydrologique, botanique. Vivent les sciences géographiques ! Gare aux fantasmes historisants ! Pour expliquer les toponymes Perrouses, Perrut (Dingy) inutile d’emballer ses méninges : c’est simplement un site pierreux (calcaire urgonien).
Ne pas suivre aveuglément l’étymologie proposée par un érudit. Certains ont pratiqué la toponymie en poètes, mieux vaut se méfier. C’est une science balbutiante...
L’essentiel est de se montrer prudent, comme un Sioux qui s’approche d’un troupeau de bisons. Il faut connaître ses limites parce que l’on a vite fait de délirer.
15.12.07
Histoire locale = piège ?
Ne pas se faire piéger par l’histoire locale ► ALICE ANGELIDOU, « Qu’est-ce qui nous rassemble ici ? Mémoire généalogique, histoire locale et construction de l’identité dans un village contemporain. Regard sur la Bulgarie voisine», Strates [En ligne] Numéro 10. 2001 - Villageois et citadins de Grèce Disponible sur : http://strates.revues.org/document50.html Extrait : « Le besoin de commémoration de la lignée et de la communauté locale montre que celles-ci ne constituent plus des « sociétés-mémoire » (Nora, 1984), des sociétés où la mémoire est vécue, mais qu’elles sont plutôt en train de se transformer en « lieux de mémoire ». [...] Se remémorer leurs ancêtres devient une réconciliation d’ordre symbolique avec le présent. Par la reconstitution de leur passé, ils [les habitants] parviennent à se présenter comme un ensemble stable et homogène. » ► SYLVIE SAGNES, "Le passé des historiens locaux". Parus dans : Ethnologies comparées N°4, printemps 2002, MÉMOIRES DES LIEUX http://recherche.univ-montp3.fr/mambo/cerce/r4/s.s.htm Extraits : « La production d’histoire locale se place résolument sous le signe du consensus. » « Celle-ci met en scène une sorte d’intemporel, un temps hors du temps, écrin d’un éternel communautaire fait de paix et de concorde. » « Et s'il ne s'agissait tout simplement que de cela, autrement dit d'échapper à la chronologie et d'atteindre un intemporel propre à célébrer un éternel ? Et de quel autre éternel pourrait-il bien être question, sinon de celui de cette communauté villageoise ? » ► ARNAUD SAINT-MARTIN : « Fossilisation de la mémoire collective et conservation pulsive des ruines d'antan. Du devenir des monuments anciens dans les villes modernes ». Revue Esprit critique vol. 04 No.02 - Février 2002 http://critique.ovh.org/0402/article3.html L’auteur, sévère, nous encourage à réfléchir : la passion de l’ancien « peut devenir morbide », « une activité narcissique », « une régression mentale », la protection du patrimoine devient « une forme de religion », elle permet aux classes dominantes de réaliser « une sorte de consensus ».
L'idéalisation du "patrimoine"
Inauguration du verger communal de Dingy-en-Vuache
Mardi18 avril 2007
Ce petit verger compte sept arbres dont la plantation a été préparée depuis plusieurs mois par les enfants de l’école sous la conduite de leurs enseignants. Il a fallu creuser des trous, évacuer l’eau qui les comblait régulièrement, charrier la terre etc. Un travail que les enfants aimèrent, apprenant le sens de l’effort, du travail bien fait, de l’esprit d’équipe etc. Cela offrait aussi l’occasion d’une leçon pratique de sciences naturelles.
Le jour de la cérémonie, pendant que les préparatifs se déroulaient, que l’on fixait les tuteurs des jeunes troncs, que l’on sortait les panneaux explicatifs, les enfants couraient joyeusement d’un plant à un autre. C’est lequel, le tien ? Oh pourquoi il n’a pas encore de feuilles ? Les mamans attendries faisaient semblant de s’inquiéter : vous l’avez bien arrosé, au moins ? Pendant ce temps, d’autres gamins jouaient à l’épée avec des bouts de bâton, ou se prenaient pour des héros de dessins animés. Je suis le chevalier de l’espace ! En garde ! De très jeunes demoiselles se confiaient leurs malheurs : mon frère, il n’arrête pas de m’embêter !
Les préparatifs achevés, il fallut abandonner les jeux et les conversations pour passer à la cérémonie officielle. Oh, merde, les discours ! s’écria un enfant plein de bon sens.
Le maire de Dingy fit une allocution courte et sobre, de même que le représentant du syndicat intercommunal du Vuache.
Puis le représentant de l’association écologiste Apollo 74 prit la parole pour un discours interminable. Il expliqua la nécessité de conserver les vieux vergers en train de disparaître depuis plusieurs décennies faute d’entretien : les poires blosson qui font de bonnes rissoles, les poires caoué, les pommes pépines etc. Il rappela avec raison la beauté des vergers au printemps, couverts de fleurs de mille nuances du blanc ou rosé. Il expliqua que les arbres fruitiers créent de petits écosystèmes, protégent certaines espèces de fleurs ou d’insectes. Il lança un appel vibrant pour que l’on protège les chouettes chevêche qui nichent uniquement dans les arbres fruitiers. Il n’en resterait qu’une quarantaine de couples sur les cantons de Genève et Saint-Julien. Absolument dramatique.
A côté de cela le drame vécu par les clandestins qui passent la frontière, les travailleurs polonais sous-payés, le non-respect du code du travail, l'installation du tout-à-l'égoût, les captages d'eau, l'entretien des canalisations, la mise en réseau du système hospitalier, la modicité des retraites agricoles, le manque de logements ou les conditions de vie des quartiers difficiles apparaissent probablement comme des sujets secondaires (!!!)… Je me souviens de cet ami paysan qui me déclara un jour avec inquiétude : Philippe, comment faire pour nourrir une famille de personnes avec un revenu de 5 000 F par mois ?
Apollo 74 lança l’anathème contre les produits chimiques utilisés dans les vergers modernes. Vous savez qu’ils pénètrent dans votre corps. Je vous assure que l’on a trouvé des produits chimiques jusque dans le cordon ombilical des mères. La chimie se transmet de la mère à l’enfant ! Est-ce qu’au moins vous épluchez les pommes que vous achetez, c’est très important, vous savez ! La rigueur scientifique de ces propos me sembla fragile.
Enfin, l’association Les Croqueurs de pommes présenta son action de sauvegarde des vergers anciens.
Puis le représentant d’Apollo 74 reprit une nouvelle fois la parole pour souligner les méfaits des produits chimiques, la nécessité d’être écologiste etc.
Les thèmes dominants des discours étaient : le patrimoine, l’écologie, la pédagogie et la transmission, le combat contre le temps qui passe. Je fus très étonné de constater l'apparition de ce dernier thème : transmettre un peu de nous aux générations futures, survivre à notre mort. N'est-ce pas un thème habituellement réservé aux religions ? La vie future... La vie après la mort... Il est vrai que comme plus personne ne va régulièrement à la messe, il ne faut pas s'étonner que l'écologie et le discours patrimonial comblent le vide. Le syndicat intercommunal et les écologistes remplacent le curé absent.
L’assistance peu nombreuse écoutait sagement.
Puis le maire, aidé par les enfants, dévoila le panneau officiel du verger qui célèbre la « mise en valeur du patrimoine savoyard, témoin des âges et du temps ».
Pourtant le patrimoine n’est pas immobile : les espèces locales n’existent pas de toute éternité ; il y a toujours eu des variétés qui disparaissaient pendant que d’autres faisaient leur apparition. Si on veut sauver les espèces anciennes, ne serait-il pas plus efficace que chacun en plante dans son jardin ? Pourquoi cet amour du symbole et des cérémonies publiques ? Est-il indispensable qu'un syndicat intercommunal intervienne sur ces questions ? L'écologie et la conservation du patrimoine ne font-elles pas office de religions ? N’y a-t-il pas des priorités plus urgentes ?
On fixa enfin les étiquettes sur les arbres : pommiers Franc-Roseau, Rambour d’été, La Nationale, Reinette Bauman, Reinette de Mâcon, Decio, Grand’ Mère.
Une collation fut offerte.
Comment utiliser la toponymie
Conseils basiques pour un historien local en Haute-Savoie
- Comptes de châtellenie
On y trouve des listes de censits, taillables et justiciables parfois nommés d’après leur lieu d’habitation. Ex pour Vulbens au XIVe s. les Pallud, Verney etc. Voir aux archives départementales de Haute-Savoie (ADHS)
- Terriers anciens ou tous document sur les droits fonciers d’un seigneur laïc ou écclésiastique.
- Le cadastre sarde de 1730
Le nombre de « mas » (lieux-dits) varie suivant la personnalité de l’individu qui établissait les registres et des paysans interrogés. Certains enquêteurs, plus courageux, ont établi une longue liste au lieu de bâcler leur travail. Certains « syndics » ou indicateurs furent plus loquaces et mieux informés que d’autres. Ex à Dingy-en-Vuache, en 1730, il y a beaucoup plus que toponymes (245) qu’à Vulbens (54 + les 32 des Bans) et Chevrier (76) alors que le territoire de Dingy est presque deux fois plus petit que Vulbens. A Dingy nous avons en 1730 (et en 1870) un toponyme pour 3 hectares. A Vulbens (sans Bans) en 1730 il y a en 1730 un toponyme pour 20 hectares. Cela ne dépend pas seulement de la taille du territoire concerné mais aussi de sa couverture : plus il y a de forêts et plus le nombre de toponymes est faible.
- Le cadastre de 1870
Versé aux ADHS après avoir été dans les mairies. Il y a un deuxième exemplaire à la DDA. Voir aussi les Numéros Suivis aux Archives Communales.
- Le cadastre actuel : mairies
- Actes notariés (ventes, baux, partages)
Voir par exemple quelques années du tabellion (ADHS et AEG). On peut aussi « éplucher » le tabellion en prenant tous les actes d’un notaire. Ne pas oublier de consulter les registres et inventaires notariés aux Archives d’Etat de Genève (AEG).
- Archives privées - Cartes anciennes
Voir à la B.N.F., et aux Archives Nationales (Paris), à la Cartothèque de l’Institut Géographique National (Saint-Mandé), à Chambéry, à la Bibiothèque de Genève, la Cartothèque de Genève...
- Archives diverses
Office National des Forêts, Compagnie Nationale du Rhône, sociétés autoroutières, DDA etc.
- Voir les Anciens
Il faut aller voir les anciens agriculteurs et les chasseurs. Ils ont des souvenirs qu’il est précieux de noter avant qu’il ne soit trop tard (d’ailleurs, il est souvent trop tard !). On profitera de l’occasion pour noter les anecdotes, amusantes et même instructives sur la vie et les mentalités d’autrefois. Les personnes âgées connaissent (connaissaient) des noms de lieux jamais ou rarement mentionnées par les archives écrites. Par ex. le Crêt Mossu à Dingy (sur la pente du Vuache), les lieux-dits la Maladière à Chevrier et Vulbens (dans la plaine), le chemin de Mortavi à Vulbens (au-dessus de La Fontaine), le Colu Mammu à Chevrier (repli du mont), le nant de Guinder à Chevrier (sous la voie ferrée) etc.
Ces personnes connaissent des prononciation disparues ou en voie de disparition. C’est ainsi que le nant de Couvatannaz à Vulbens se prononce « couatanne », forme confirmée par des archives privées, alors que les archives publiques citent la forme «Couvatannaz » depuis le XVe siècle.
Le lieu-dit « les Reffaz » (Dingy) se prononce « les Riff » d’après les Anciens (confirmé par un dépouillement des archives des XVe et XVIe s. ; en 1447 "sallicibus de Riffas", "Selicibus dicte Riffaz" (= les saules de Riffa ?), "en Riffaz », ou Raffort", « ou raffoz ». Puis « la Reffal » en 1588, « en la rifa » en 1735.
Sous Faramaz se trouve « le Grincé », déformation de « grand essert ».
La technique pour interviewer n’est pas évidente. Le magnétophone peut intimider, il est peu pratique à transporter. Il y a des dictaphones, plus maniables. Depuis que j’ai écris ces lignes le progrès a encore avancé (MP3). Formidable.
On peut prendre des notes écrites pendant la discussion, ou après, une fois revenu chez soi (c’est ce que je fais en général). Il faut vérifier : reposer les mêmes questions une deuxième fois (en faisant semblant d’avoir oublié), les poser à quelqu’un d’autre, confronter les sources orales avec les archives écrites.
Méthodes d’analyse
Attention aux erreurs de lecture. J’ai failli confondre « refour » (four à chaux) avec « retour », « la pierre » avec l’épine », « Gille » avec « Lille », « Genève » avec « geneure » (genévrier). Un jour de fatigue, un "chemin des mouilles » est devenu un « chemin des morilles ». Je salivais déjà... J’ai cru trouver un toponyme « Daviet » à côté de l’église de Chevrier, ce qui m’a conduit jusqu’à saint Avit...
Comparer les documents
Pour qu’une information soit sûre, il faut qu’elle soit donnée par plusieurs sources. On nomme cela la concordance des sources. On m’a parlé des toponymes « la Corne au More », « Pré Pounet » etc. situés à Vulbens : plus tard j’ai trouvé mention de ces toponymes dans des archives écrites. Ils existent donc vraiment. Par contre le « nant d’Hiver » de Vulbens, cité ainsi dans les cartes IGN est signalé dans le cadastre sarde sous la forme « nant du Ver » ou du « Var », ce qui fait penser à un hydronyme pré-celtique.
Les noms de lieux étaient généralement en « patois » savoyard. Il faut connaître cette langue. Cela permettra de savoir que les lieux « Sisia » (Vulbens) et « dessous lassisa » (Dingy) viennent du nom patois de la haie (chize). Que faut-il en conclure ? Que ces toponymes datent d’une époque, le Haut Moyen Age, où les haies étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui, donc plus remarquées et donnant à des noms de lieu ? L’endroit dit « Lavullion » à Vulbens, au confluent des nants d’Hiver et de la Vosogne vient d’un mot qui désigne une pointe. L’endroit dit « le croisonnier » (Dingy) vient du nom du pommier.
Pour connaître le « patois » j’ai utilisé :
- Fenouillet, monographie du patois savoyard, 1903
- Chanoine Gros, Dictionnaire étymologique des noms de lieux de Savoie, 1935),
- Charles Marteaux, Répertoire des noms de lieux de l’arrondissement d’Annecy, 1935-40
- E. Schüle et alii, Dictionnaire des patois de la Suisse romande, 1955
- Bridel, Glossaire des patois de la Suisse romande, 1866
- A. Constantin et J. Désormeaux, Dictionnaire Savoyard, 1902
- Dauzat, Les noms de lieux…
- L. Guinet, article sur les noms de lieux en ens ou ans (...) dans Revue de Linguistique Romane 1928
- Les études de G. Taverdet sur le Jura
- Le Dictionnaire franco-provençal (Slatkine Reprints)
Le patois varie d’un endroit à l’autre.
Un mot veut peut signifier telle chose en Tarentaise et une chose totalement différente au Vuache. Se demander sur quelle partie de la Savoie porte le dictionnaire ou le l’étude toponymique que l’on a sous les yeux. Les accents varient aussi.
Le patois varie dans le temps.
Les noms et mots connus par les personnes âgées ne sont pas ceux que leurs prédécesseurs parlaient au Moyen Age. Ces mots ont varié, comme dans toute langue. Tel ou tel toponyme peut correspondre à une couche ancienne. Par exemple « les Reffaz » à Dingy : ne serait-ce pas une forme ancienne de « refour » (four à chaux) ?
Autre exemple, « l’allouette » et « le cu de la loi » à Dingy-Jurens ne viennent-ils pas du mot « loe » (terre humide), mot que les patoisants ne connaissent pas ou plus mais qui existe encore en Suisse Romande et qui a l’avantage de correspondre à la nature «mouilleuse» du sol ?
Noter par écrit un toponyme pose problème. Comment noter par exemple le « O » spécial du mot « Roclo » (Raclaz) ? Comment noter le nom patois du Vuache qui est « ouache » ou « ouche » ? Faut-il utiliser le o » ou » le « w » ? Comment noter le « s » savoyard qui ressemble au « th » anglais ? Il existe une méthode de notation des phonèmes, « la graphie de Conflans pour le savoyard » parue dans le n° 135 de la revue des Amis du Vieux Conflans. Ceci dit, je doute que pour les non-spécialistes, cette lecture puisse être profitable car trop complexe.
Il faudrait connaître les règles de la phonétique. On m’a recommandé « initiation à la phonétique de l’ancien français », Klinsiek, 1982.
Les noms de lieux peuvent être mieux compris avec des dictionnaires de vieux français, puisque le patois savoyard qui appartient au groupe franco-provençal est proche des dialectes d’oïl. Voir par exemple le Dictionnaire du Vieux Français de Godefroy.
Il faut avoir des informations sur l’histoire du coin.
La liste des familles ayant habité l’endroit depuis quelques siècles peut servir. Par exemple « Chez Barrand » à Dingy-Raclaz fait référence à une ancienne famille aujourd’hui disparue. Le « pré Cochon » à Dingy-Jurens fait allusion à une famille de ce nom : j’ai trouvé une famille Cochon vivant non loin, à Chancy, au XVe siècle. Il en est de même pour le bois Minget à Vulbens (toponyme proche à Jurens ; famille de paysans aisés au XVe s.), les champs Bonnet à Chevrier (famille présente à Chevrier depuis le XIVe s. au moins). Voir ausi le lieu « dessus Livron » à Dingy (famille arrivée au XVIe s. peut être (?) apparentée par les bâtards aux Livron seigneurs de Savigny et de Dingy).
Il faut connaître les surnoms héréditaires : parfois c’est lui et non le nom légal qui laisse une trace. D’autant plus que jusqu’au XVIe s. il n’y a pas de différence claire entre le nom de famille et le surnom héréditaire. J’ai trouvé une famille indifféremment appelée Barral ou Arembor suivant les générations. Les Barrand portaient en réalité le nom de Cons. « L’Essert Compagnon » de Vulbens fait allusion à une famille Burnod dite Compagnon. Le lieu-dit « Borgey » à Vulbens-Cologny garde le souvenir d’une famille Pasteur ou Borgeys venue s’y installer avant le milieu du XVe s.
Jadis et encore maintenant on était tenté de chercher l’origine « ethnique » des toponymes. Parfois la recherche est fructueuse : le nant de la Borbannaz qui jaillit au pied du mont Musièges évoque Borvo, le dieu de sources bouillonnantes chez les Gaulois. Mais il faut rester vigilant. Je me rappelle B affirmant que Vulbens était Gaulois parce que le nom patois, Vrobin, le faisait penser à la nation gauloise des Verbigènes, citée par César dans ses Commentaires. Nation qui demeurait dans les environs.
Certains spécialistes ont leur marotte. Il y a des modes et des a priori. Vous rencontrerez des celtomanes qui voient partout l’influence des Gaulois. D’autres ne jurent que par Rome et la langue latine : à leur yeux tout ce qui précède ou qui suit n’a pas laissé de traces. Une autre espèce voit partout des toponymes germaniques ; dans la région du Léman et de la Savoie il y a des chercheurs qui voient dans l’influence burgonde un socle identitaire.
Achtung ! E périculo sporgesi ! Danger !
Un toponyme en « y » n’est pas toujours antique. Il peut s’être formé au Moyen Age. Comment analyser le toponyme « Cologny » ? Il doit faire allusion à des colons, c’est-à-dire des exploitants agricoles dépendants d’un maître. Mais des colons antiques du IIIe s. ou des colons médiévaux du XIe s. ?
Certains toponymes sont récents et il est inutile de remonter jusqu’à la nuit des temps pour en trouver l’origine ! C’est ainsi qu’un chercheur s’est imaginé que la Semine (région à l’ouest du Vuache) tirait son nom d’une migration de l’ère préhistorique et alla dépouiller les atlas de Sibérie et de Chine pour trouver le berceau du peuple en question. Il s’interrogea même sur la parenté possible entre les habitants de la semine et les Indiens seminoles : c’est à mon avis une piste inféconde... Certains toponymes se sont fixés il y a peu : ainsi la ferme La Rivoire à Cologny (Vulbens) a longtemps porté ce nom sur les cartes IGN parce qu’une famille de ce nom y avait vécu quelques années à l’orée du siècle. Les cartographes négligèrent de vérifier si ce nom restait en usage. Non loin de Cologny le « Corps de Garde » signalé par les cadastres de 1730 et 1870 désigne un ancien poste douanier qui surveillait le Rhône et la berge. Ce poste n’a pu être édifié qu’après le traité de 1601 qui donne le Pays de Gex à la France. A Chevrier le « sentier de la batterie » désigne un emplacement de canon datant des opérations militaires de 1814 ou 1815.
Quelle est la surface et quelles sont les limites du terrain qui porte le nom que l’on étudie ?
Il y a de petites différences entre les numéros parcellaires désignant un toponyme sur la cadastre de 1730 et celui du XIXe s. Inutile d’en faire tout un plat ! Cela ne signifie pas grand chose.
Le cadastre sarde cite un toponyme « Contamine « en bas du village de Vulbens : il lui attribue une grande surface. En réalité dans le terrier de 1447 ce toponyme semble moins étendu. Pourquoi ? Parce que les enquêteurs du cadastre sarde pour Vulbens ont retenu une petite liste de noms (alors que ceux de Dingy en ont beaucoup plus).
Dans le terrier de 1447 la désignation des lieux est plus réaliste : on cite deux et parfois trois noms pour un lieu.
Se promener sur place
En allant à « Tire-Cul », le promeneur essouflé, épuisé, suant à grosses gouttes, comprend que c’est la forte pente du chemin qui explique ce nom. Le « Mollard » en-dessous de La Fontaine est un petit monticule, un môle.
Eplucher les cartes IGN au 1/25 000, (les plus lisibles sont celles de l’ancienne édition, en noir et blanc, réalisées à partir des photos aériennes de1934). On recherchera des toponymes ressemblant à ceux que l’on étudie.
Près de Cologny (Vulbens), sur la berge, certaines cartes (peu nombreuses) et certains textes mentionnent pour les XVIIIe et XIXe s. un chemin dit « de l’Enfer », en contrebas du talus. Un instant j’ai été tenté de faire un rapprochement avec l’implantation à Cologny d’un établissement Templier puis Hospitalier. En fait en regardant de près la carte IGN du Crêt d’Eau je vois entre cette montagne et le Sorgia, une « combe de l’Enfer » aux pentes escarpées. Le bouquin de Charles Marteaux confirme que l’Enfer désigne un terrain situé en bas.
Feuilleter des travaux sur des localités éloignées.
Lire le travail de P. Dufournet sur Bassy-Veytrens : une Bible !
Voir la thèse de G. Duby sur « la société aux XIe et XIIe s. dans la région mâconnaise » (utile pour des toponymes comme manses, courtil, collonges, clos, essert...).
G. Fournier dans son étude sur « le peuplement rural en Basse Auvergne » nous informe sur les condamines, clos etc.
Ne pas négliger Ch. Higounet sur le Toulousain et R. Fossier sur la Picardie.
A. Deléage dans sa « vie rurale en Bourgogne » tenta de dater les toponymes d’après leur forme : risqué mais passionnant.
Le nant de la Vosogne (Vosogny en 1447) est un profond talweg délimitant le mandement du Vuache. Or, cet hydronyme se retrouve ailleurs. Cela fait penser à Vésunna, source divinisée de Périgueux.
Ne pas oublier de lire des études historiques. Il faut s’informer sur l’évolution des techniques agricoles, l’évolution des diversses sortes d’araires et de charrues, les modes de labour etc.
Pour commencer :
- Robert Fossier, Enfance de l’Europe, collection Nouvelle Clio, PUF, surtout le tome 1, chapitres 1-B, 3-A et 3-B. Ne pas manquer les pages 169-171 du tome 1.
- Histoire de la France Rurale, en 4 volumes, éditions du Seuil.
Ne pas prendre ses désirs pour des réalités.
J’ai longtemps espéré qu’à Dingy le toponyme dit « Chattolliet » au XIXe s.(Chatoille en 1730) pourrait désigner une maison-forte du XVe ou XVIe s. qui existe encore (Raclaz). Mais les textes du XVe s. citent les formes « damon de che chatolliet », « domin Chatellionel », « en Chatolliet », « domont de Chastellionet », « supra domum dicti Chatolliex ». Cela me fait plutôt penser à un nom de famille paysanne. Rechercher ce que veut dire au XVe ou XVIe le forme « chez Untel ». Cela correspondrait-il à un affaiblissement de l’emprise seigneuriale suite aux ravages économiques causés par la peste de 1348 ? Renforcement provisoire de la paysannerie aisée ?
Que penser du toponyme "Penloux " attesté au XVe s. L’endroit où l’on pendait les loups ? Sur quoi repose cette affirmation ? Que veulent dire « louvet » et « orset » ? Vérifier, vérifier...
La « ville » n’a pas le sens de « villa » romaine : ce mot avait aux XVIe et XVIIe s le sens de village, agglomération.
Le hameau de Sarzin, au sud du Vuache, tire son nom d'un propriétaire gaulois ou romain et non des Sarrazins. Quand à la Maurienne, aucun rapport avec les Maures ; son nom est cité par Grégoire de Tours au VIe siècle, alors que l'Islam n'était pas encore né (A Gros, Dictionnaire).
On évitera des déconvenues en privilégiant l’étymologie géologique, pédologique, hydrologique, botanique. Vivent les sciences géographiques ! Gare aux fantasmes historisants ! Pour expliquer les toponymes Perrouses, Perrut (Dingy) inutile d’emballer ses méninges : c’est simplement un site pierreux (calcaire urgonien).
Ne pas suivre aveuglément l’étymologie proposée par un érudit, aussi prestigieux soit-il. Osez penser par vous-même ! Certains ont pratiqué la toponymie en poètes, mieux vaut se méfier. C’est une science neuve, balbutiante...
L’essentiel est de se montrer prudent, comme un Sioux qui s’approche d’un troupeau de bisons. Il faut connaître ses limites parce que l’on a vite fait de délirer.
Photos : Cologny, Faramaz, Valleiry et Chancy vus depuis le Crêt d'Eau. A l'arrière-plan, les Alpes.
SOURCES D'UNE ENQUÊTE TOPONYMIQUE
Avertissement
- Ces lignes ont été écrites vers la fin des années 1980. Les références bibliographiques datent.
- Je ne suis pas spécialiste ni de toponymie ni de linguistique. Ces notes sont celles d’un amateur en la matière et viennent d’informations glanées au cours de recherches d'ordre historique.
Archéologie et toponymie
Note de lecture par Ph. Duret
Elisabeth Zadora-Rio, Archéologie et toponymie : le divorce
in : Les petits cahiers d’Anatole n°8, 2001.
Les historiens ne résistent guère à l’envie de se servir des noms de lieux. L’auteur de cet article, chercheuse au CNRS, nous met en garde dans un article de la revue en ligne du Laboratoire Archéologie et Territoires de Tours.
« L'utilisation de la toponymie comme source de l'histoire de l'occupation du sol remonte, dans le nord et l'ouest de l'Europe, à la fin du 19e s. » Le patriotisme atteignait un niveau excessif et les théories ethniques voire racistes influençaient la discipline historique. En 1890 Arbois de Jubainville affirme que les toponymes formés avec le suffixe -acus, qui ont donné des noms de lieux en -y, -ay, -ac ou -é seraient gallo-romains et désigneraient les emplacements d'anciennes villae : le radical représenterait le nom du propriétaire et le suffixe -acus signifierait "domaine de".
La toponymie permettait de combler les lacunes documentaires. Pour Charles Higounet, historien du Sud-Ouest (1975), le passage de l’antiquité au Moyen Age ayant laissé peu de documents et de monuments, « force est de demander beaucoup à la toponymie et aux vocables de paroisses pour essayer de percer le mystère de l'essor du peuplement ».
Assez vite toutefois, des réserves apparurent.
Les toponymes sont fréquemment déformés par des analyses intellectuelles fragiles (les fausses étymologies, lorsque le terme n'est plus compris), des contaminations et même des erreurs de transcription.
Michel Roblin (le terroir de Paris, 1951) montre que le suffixe -acus avait un sens général, et qu'il était plus souvent associé à des noms désignant le relief, le sol, les plantes, qu'à des noms de personnes. Un toponyme comme Montigny ne serait pas le domaine de M. Montanus mais le "lieu du mont". Il faut confronter la toponymie avec l'épigraphie (inscriptions) et de ne conserver dans les anthroponymes (noms de personnes) que ceux attestés par les écrits contemporains dans la région.
A propos de la datation des lieux, Roblin souligne la faible utilité des toponymes. Le gaulois aurait été parlé jusqu'au 4e s et on considère que le latin reste une langue de communication jusqu'au 9e s.
De plus, à partir des années 1980, l’archéologie a connu de grands progrès avec la prospection sur le terrain et l'archéologie préventive. « On sait, désormais, que dans la plupart des cas, les mêmes zones ont été habitées sans interruption depuis la protohistoire, et ce qu'on cherche à identifier, ce ne sont pas les aires occupées à telle ou telle époque, mais la dynamique de transformation de l'habitat (…) ; le changement est conçu davantage comme (…) dû à des facteurs sociaux et on n'attribue plus qu'un rôle accessoire aux facteurs externes tels que les migrations ou les conquêtes. » Les datations archéologiques deviennent précises. « A partir du moment où, dans un rayon de 2 ou 3 km autour d'un toponyme dit gallo-romain (…) on trouve 5 ou 10 sites de la même époque et où on est susceptible d'en trouver tout autant autour de toponymes attribués à d'autres époques (…) l'étude de la toponymie n'apporte rien. » Au Danemark des recherches montrent que les datations toponymiques ne sont pas valables pour un habitat précis, l'hypothèse étant que les toponymes ont suivi les habitats au cours de leurs déplacements jusqu'à leur fixation à l'emplacement des villages actuels. A supposer qu'on accorde foi aux datations proposées par les linguistes, l'étude des toponymes permettrait de dire, dans le meilleur des cas, que le nom de tel village révèle des chances pour que dans un rayon de quelques centaines de mètres ait existé un site de cette époque. Les recherches menées en Angleterre aboutissent à un constat tout aussi négatif.
« La seule utilisation de la toponymie qui ait gardé toute sa validité (…) est celle des microtoponymes cadastraux (…) : ainsi la pièce rouge, la vigne rouge, les terres noires pour les sites gallo-romains, le châtellier ou la motte pour les fortifications de terre, le martray ou les pierres plates pour les nécropoles du haut Moyen Age etc. ». Il me semble en effet que l’utilité des microtoponymes s’explique par le fait que contrairement aux noms de villages ou hameaux, ils ont été fixés non par les riches, les puissants et les clercs qui les servaient mais par les agriculteurs travaillant le terrain.
La thèse de Blandine Vue sur la Haute-Marne (1997) « a montré l'importance déterminante des individus dans la transmission écrite (…) : certains [toponymes] réapparaissent en effet après des périodes de latence. Son étude de la fabrication du cadastre napoléonien montre à quel point celui-ci a provoqué une rupture dans la microtoponymie, due au fait que les géomètres étaient souvent étrangers à la fois à la région et au monde rural. (…) Les microtoponymes sont en partie indépendants du découpage parcellaire. (…) La désignation a valeur de repère, et tend à privilégier l'exceptionnel, l'élément rare. » *
A La Fontaine (Vulbens), le microtoponyme Mortavi, transmis non par les archives mais par la mémoire orale, désigne peut-être la maladrerie dont parle un document du XIIIe s. (cf. mon article in Echos saléviens n°2 p. 69). Les fouilles préventives de 2005 n’en ont pas trouvé trace mais peut-être n’a-t-on pas fouillé au bon endroit.
Au Vuache, mes recherches et mes discussions avec E. et J.M. Grandchamp, J. Rosay, Ch. et M. Benoit m’ont apporté des microtoponymes présents dans le terrier seigneurial de 1447 et qui disparaissent ensuite parce que les rédacteurs du cadastre de 1730 n’avaient pas jugé bon d’enquêter plus en détail ou parce que leurs interlocuteurs paysans se méfiaient. Il faudrait pouvoir faire une étude socio-psychologique de leurs entretiens.
« Il me semble que toute tentative d'interprétation de la microtoponymie comme reflet direct de la réalité, qu'il s'agisse d'habitat ou de paysage, n'a guère de sens » conclue Elisabeth Zadora-Rio. « L'usage de la toponymie comme substitut de l'archéologie me paraît définitivement caduc ».
Paul Dufournet, érudit

Paul Dufournet, mort en janvier 1994 à l’âge de 89 ans, apporta beaucoup à l’histoire de la Savoie.
Il était architecte , urbaniste, Inspecteur général de la Construction, ancien professeur d'urbanisme et de planification territoriale, conservateur de l'Académie d'architecture. Il obtint un doctorat de géographie historique et un doctorat d'Etat es lettres. Ethnographe, ami d'Arnold Van Gennep.
Il s’intéressait à l’histoire de la Savoie. Il était le neveu d’un historien de Seyssel. Je me souviens l’avoir entendu raconter comment avant-guerre avec son oncle, il avait rendu visite à l’abbé Descombes, grand spécialiste de sainte Victoire, passionné par son sujet et qui voulait absolument les enrôler dans sa petite académie.
Par son métier, P. Dufournet était porté à lire, faire toutes sortes de cartes, plans etc. Cela le conduisit à étudier l’organisation du terroir en Semine. I
l travailla avec d’autres chercheurs : Pierre Broise (archéologue), François Burdeyron, historien de Clarafond, d’Arcine et environs, Marius Fillion, paysan passionné d’archéologie et d’histoire, grand découvreur de sites anciens et fondateur du musée paysan d’Eloise actuellement en cours de rénovation.
P. Dufournet fit des recherches pour retrouver le célèbre port antique de Condate, sur le Rhône, à deux km en aval de Seyssel. Avec Marius Fillion il fit des recherches sur les ponts et passages du Rhône entre le Pas-de-l’Ecluse et Yenne. Il sillonna la Semine pour y découvrir les pierres à cupules, villae romaines et autres ruines.
C’est essentiellement comme spécialiste du cadastre savoyard de 1730 qu’il s’imposa. Il mit au point une méthode pour remonter le temps et approfondir la connaissance de l’archéologie du sol, de l’histoire agraire et dégager les éléments formateurs du paysage humanisé. Il mit au point cette méthode sur sa commune de Bassy. Son livre («Pour une archéologie du paysage») est incontournable pour tout historien local en Savoie.
Il collectionna aussi toutes sortes d’objets traditionnels, à l’époque où ceux-ci encore présents dans plusieurs fermes commençaient à disparaître (voir son livre illustré sur l’art populaire en Savoie). Ceux qui écrivent sur ce sujet lui doivent beaucoup.
P. Dufournet était toujours disposé à recevoir d’autres chercheurs et discuter avec eux. Il était ouvert à la discussion, aux opinions des autres et pratiquait une grande prudence méthodologique.
Je l’entend encore dire : «Attention, méfiez-vous des toponymes, leur interprétation est très ardue; beaucoup de spécialistes ont leur marotte. Un tel voit partout des racines gauloises, un autre leur préfère une étymologie burgonde etc. Il ne faut pas les suivre aveuglément.»
Voir la note de lecture que rédigea Georges Duby à propos de son livre sur Bassy, parue dans Annales Histoire, Sciences Sociales 1980 Volume 35 n° 6 pp. 1281-1282
http://www.persee.fr/showPage.do?urn=ahess_0395-2649_1980_num_35_6_282702_t1_1281_0000_000










