07.12.09
Espagnols et Juifs du camp de Savigny
Robert Amoudruz et Ruth Fivaz-Silbemann, Espagnols et Juifs du camp de Savigny (74), 1940-1942
In Echos Saléviens n° 11, 2002
Qui sait aujourd'hui ce qu'était le Groupement
de Travailleurs Etrangers n° 514, au petit village d’Olliet, dans la commune de Savigny, au pied du Vuache (Haute-Savoie) ?
Robert Amoudruz a enquêté auprès des derniers témoins et nous fait découvrir ce camp oublié de « travailleurs encadrés » : deux cents anciens combattants républicains espagnols en 1941 ; environ autant de réfugiés juifs étrangers, Allemands, Autrichiens et Polonais en 1942.
Qui étaient ces hommes ? D'où venaient-ils ? Que faisaient-ils là ? Que sont-ils devenus ? Un épisode de la Shoah s'est déroulé ici. Le gouvernement de Vichy en a été le responsable exclusif. Sa police a raflé ces Juifs en août 1942 et les a livrés, de sa propre initiative, aux chambres à gaz d'Auschwitz.
Ruth Fivaz-Silbemann, de l'Université de Genève, complète le récit de Robert Amoudruz en livrant ses découvertes sur les travailleurs forcés d'Olliet parmi les archives suisses et françaises
17.06.09
Clos Jules Ferry, Savigny
Le Clos Jules Ferry,à Savigny (74)
Avril 2009
Il y avait là, entre les hameaux de Murcier et de Savigny chef lieu, une école primaire. Oh certes, elle n’avait rien de spécialement joli. Une école comme tant d’autres, avec la salle de classe, quelques arbres sur le devant etc. Depuis quelques années, elle se servait plus.
A la fin 2008 elle a été rasée. A la place, on construit des logements. Il faut dire qu’en Haute-Savoie le manque de logements est dramatique et il est préférable de construire de petits immeubles plutôt qu’une myriade de pavillons.
Cela fit débat à Savigny. Plusieurs habitants se sont opposés à la destruction de l’ancienne école qui leur rappelait leur jeunesse, le dévouement des maîtres, la beauté et l’utilité du Savoir. La mairie a calmé le débat en appelant cet ensemble immobilier « Clos Jules Ferry ».
03.09.08
Brocante de Savigny


16.03.08
Eglise de Savigny (74) photos




15.12.07
La forêt du Vuache
La forêt du Vuache se porte bien.
Autrefois elle servait à d’innombrables usages. Le bois permettait de chauffer, construire, faire des meubles, des outils... Les fours à chaux et le charbonnage consommaient beaucoup d'arbres. Comme il y avait peu de prés, la forêt servait à nourrir le bétail. Au XVIe siècle on pratiquait le glandage (pâturage) des porcs. On se plaignait des chèvres agiles et gloutonnes. L’écorçage des jeunes chênes pour le tanin fit des ravages. La forêt était un taillis qui ne couvrait que les plus hautes pentes.
En se promenant sur les hauteurs de Dingy, Vulbens et Chevrier on voit encore les petits murets qui délimitaient les parcelles cultivées.
En 1934, elle était encore coupée vers les huit cent mètres par une bande de prés de Cessens à Chevrier. Depuis les années 1930, la forêt avance à cause de l’exode rural.
Aujourd'hui cette bande déboisée est en train de fondre et les arbres avancent sur la prairie ce qui modifie la faune, certaines espèces de prairie ne pouvant pas vivre en forêt.
La forêt progresse également vers le bas des pentes.
En plaine, l’autre forêt dévore les enclaves qui avaient été défrichées au Moyen Age et au XVIe siècle. Les bosquets deviennent plus nombreux, plus grands.

La répartition des essences change. De 1930 à 1974 la mode fut aux plantations de résineux, épicéas, douglas. Les semences étaient même fournies gratuitement. Il en reste quelques parcelles sombres et peu sympathiques.
Sur la montagne la flore et la faune réunissent les influences du Nord et du Midi. Les plantes poussant sur les zones siliceuses ne sont pas les mêmes que dans le reste de la montagne, calcaire.
Malgré la proximité d’une agglomération genevoise comptant plusieurs centaines de milliers d’habitants la forêt garde son charme. En 1969 les conseils municipaux ont sagement refusé d’y tracer jusqu’au sommet une route goudronnée.
Les communes riveraines, associées dans un syndicat intercommunal, veillent sagement à la protection de cet espace de calme.
Savigny statistiques agricoles
Savigny statistiques agricoles 2006
Source : Chambre d’agriculture de Haute-Savoie et commune de Savigny.
« Le chef-lieu de Savigny est situé à une altitude de 580 mètres (l’altitude varie entre 500 m et 1100 m (Vuache), avec une altitude moyenne de 600-650 m (environ). Les parties agricoles de la commune sont constituées dans leur grande majorité de terrains de bonne qualité, mécanisables et épandables quoiqu’un peu « séchards » au pied du Vuache. »
Surface totale de la commune : 1052 hectares.
Exploitations sur la commune :
1979 |
2000 | |
Nombre d’exploitations |
12 |
6 ? |
SAU |
560 ha |
527 |
Evolution sur le canton :
1979 |
2000 | |
Nombre d’exploitations |
235 |
126 |
SAU |
8038 |
7507 |
« Le cheptel se répartit de la façon suivante :
- 240 vaches laitières (VL), soit une moyenne de 40 vaches par exploitation laitière, avec une grande diversité (de 20 à 48 VL).
- 205 génisses, soit une moyenne de 34 génisses par exploitation. Toutes les exploitations élèvent leurs génisses. »
« La SAU moyenne des exploitations est de 71,50 hectares, dont en moyenne 67 ha de prairies et 23 ha de céréales et de maïs, toutes les exploitations en cultivant. »
« Sur les 530 hectares que les agriculteurs de Savigny exploitent (données CA74), 413 hectares sont situés sur le périmètre de la commune. Ils exploitent donc 117 ha sur les communes alentour. »
« La répartition des surfaces exploitées par les agriculteurs de la commune est la suivante :
- 77 % en prairies, soit 405 ha
- 16 % en céréales, soit 84 ha
- 7 % en maïs, soit 38 ha.
Les exploitations de Savigny n’utilisent pas d’alpage. »
« L’activité agricole orientée exclusivement sur le lait et fondée sur l’exploitation de l’herbe est la caractéristique de la commune. »
« Sur les 6 exploitations, 4 exploitations sont sous forme individuelle et 2 exploitations sont sous forme sociétaire. »
« 10 personnes travaillent sur les 6 exploitations. »
Louis Vuichard
Mon ami Louis Vuichard, de Savigny, né en 1912, est décédé le 21 juillet 2006 et j’en suis triste.
Pendant longtemps, presque voisin, j’avais entendu parler de lui et lu ses livres sans oser le déranger. En 1999 je me décidai enfin à lui rendre visite. Nous parlions généralement de sa vie et du courant démocrate-chrétien en Haute-Savoie. Il en évoquait les grandes figures locales, l’abbé Clavel, le docteur Voisin de Cruseilles, Charles Bosson... Figures pour lesquelles il gardait une énorme admiration.
Entre les deux guerres, la JAC s’opposa au mouvement d’extrême-droite Action française et plus tard, après quelques hésitations, elle appela à ne pas se rallier à Vichy.
Louis Vuichard eut une vie enthousiasmante et pleine de responsabilités professionnelles et politiques.
« En 1929 j’avais donc 17 ans. Je faisais partie des groupes d’Action catholiques qui consistaient en des réunions mensuelles autour de nos prêtres, de nos curés, où on discutait de religion, d’événements modernes etc. ».
Etant donné qu’il avait de l’instruction et un don pour captiver son auditoire, comme le courant démocrate-chrétien dirigé par des bourgeois manquait alors de leaders réellement paysans, Louis fut désigné pour occuper des responsabilités : « il fallait un paysan pour représenter , il fallait un paysan authentique ». « Fin octobre 1938 je suis donc parti à Paris au secrétariat général de la JAC ». Là-bas il fait de la radio et prépare le congrès de la JAC. « On est arrivé à proposer ce fameux carnet de salaire différé (…) On avait pris rendez-vous avec le ministre de l’agriculture, qui était André Queuille ». Beaucoup de fils d’agriculteurs restés à la ferme, mal payés, ne recevaient pas plus que leurs frères et soeurs à la mort des parents. Le salaire différé permettra de les récompenser. Le but consistait aussi à ralentir l’exode rural, l’urbanisation et l’industrialisation.
Pendant la guerre, Louis exerce les fonctions de maire, situation peu confortable. En 1944 deux drames arrivent. Au Vuache un groupe de résistants assassine une famille d’Italiens. On retrouve le cadavre de la femme dans le bois à côté de Plamont, sous quelques centimètres de terre. Un bout de la robe dépassait.
On avertit Louis. Que faire ? Il faut quand même l’enterrer... Il va demander conseil au curé. Celui-ci réfléchit quelques secondes puis répond : "Louis ! Veux-tu aller remplacer la B... au fond du trou ?" . Autrement dit, sois prudent.
Deuxième incident, en juillet 1944 les Allemands font une rafle à Savigny et réunissent sur la place du village plusieurs habitants.
Longtemps, Louis fut en conflit avec Roger Tagand, ancien instituteur de Savigny, militant ou sympathisant PCF. L’Eglise/l’Ecole, la Démocratie-chrétienne/le PCF, des forces longtemps rivales. Un conflit qui a structuré la société. En 2001, L. Vuichard et R. Tagand s’étaient réconciliés lors d’une conférence historique sur le camp d’Olliet.
Après la guerre, Louis était devenu vice-président de la Chambre d’Agriculture, président d’honneur des Fermiers savoyards et président de la Fédération laitière.
A la fin de sa vie, il écrivit un livre sur les fruitières de Haute-Savoie, un autre sur l’histoire récente de Savigny (Au Pays des Ours, suite de la monographie écrite par Félix Fenouillet) et enfin une généalogie des vieilles familles de la commune. Il s’occupait de son jardin, lisait des biographies ou accueillait les visiteurs avec qui il partageait un verre de vin et quelques biscuits.
Il tenait beaucoup à l’appellation de « paysan ». « Quand je disais tout à l’heure que j’étais le seul paysan authentique, je le suis, je le suis resté, et je suis encore un vrai paysan à ma retraite ». « Je suis resté agriculteur, paysan, catholique. Je suis encore croyant, pratiquant, tout en respectant toutes les idées du monde comme j’aime que l’on respecte les miennes ». Autre devise qu’il affectionnait : « sois fier paysan, et crois ».
Dans nos discussions, revenaient des tournures de phrases bien à lui. « Moi, il faut bien dire, avec ma gueule assez bien embouchée et un peu d’instruction », "une combine courbe", "moi, avec ma gueule à ressorts".
Parfois il cherchait ses souvenirs. Vers 1920 « j’ai eu été une fois à l’école de Dingy, où il y avait... C’était un gars, ah le nom... le nom... ah tu vois..., qui était catalogué, gauchiste à bloc, anticlérical à bloc etc. Il y avait un instituteur... oh les noms.... ».
Lors de l’interview il s’exclamait : « il y a longtemps que j’ai pas dit ça ».
CONCLUONS
Au début du XXe s la JAC réconcilie les agriculteurs et la démocratie. Sans son action, il y aurait eu le risque que dans certains départements les agriculteurs passent en bloc du côté anti-républicain. Un risque de nouvelle chouannerie. Ceci dit, elle s'opposait avec virulence à la gauche.
La JAC a aussi lancé le progrès technique dans les campagnes. Elle fait évoluer la condition sociale des agriculteurs. A partir des années 1960, les anciens JAC prendront des itinéraires variés, certains de ses membres évoluant vers la gauche et parfois même la gauche de la gauche (Bernard Lambert). Ce courant a eu beaucoup d’influence.
Espérons que dans son bulletin municipal la commune de Savigny rendra hommage à Louis. Il le mérite.
Le Père Jean Descombes
Prêtre demeurant à Savigny, décédé en 2000.
Lu dans un journal catholique haut-savoyard, Du Salève au Vuache, décembre 2000, p 35 :
« Ordonné prêtre en 1943, il a exercé son ministère dans beaucoup de paroisses du diocèse avant de venir pendant de longues années à Saint-Julien.
Il fut aumônier de l’hôpital de 1975 à 1995. Sa présence au milieu des malades était bien réconfortante. Il s’arrêtait à tous les lits sans différence . C’était de l’amitié qu’il menait au milieu de la souffrance. Son échange bienveillant autorisait des conversations sympathiques.
Il n’était jamais pressé et son calme apaisait les chagrins. Il avait une foi rayonnante et simple. Il n’aimait pas les bouleversements modernes.
Et pourtant, les sœurs étant parties c’est avec lui que s’est mis en place l’Aumônerie actuelle. Daniel Pignal, en temps que laïc, en est l’animateur et le Père Descombes avait bien apprécié sa personnalité. Ce n’était pas évident pour lui d’assister à ce grand changement ?
Il aura accompagné bien des gens dans leurs derniers instants, aujourd’hui il continue du haut du ciel à accompagner tous ceux qui s’occupent des malades.
Merci encore au Père Descombes. »
Commentaire
Jean Descombes appartenait à une famille très catholique de Savigny. Je l’ai rencontré deux ou fois lorsque je préparais un article d’histoire sur son oncle, le Père Henri Descombes, curé de Menthonnex-en-Bornes décédé en 1935. Autrement dit, je le connaissais très peu. Il avait évoqué pour moi ses souvenirs et m’avait prêté quelques archives. Il avait une admiration sans bornes pour cet oncle qu’il idolâtrait et dont il surestimait la culture et l’intelligence. Il tenait à souligner qu’il n’était pas rigoriste. Admirer quelqu’un à ce point là n‘est pas bon. Il faut toujours garder un peu de sens critique.
Je me souviens l’avoir entendu exprimer son malaise vis-à-vis de Mgr Gaillot qu’il n’appréciait guère. Il trouvait que le rapprochement et les initiatives communes avec les protestants allaient trop loin.
Incontestablement, il était passéiste sur bien des points.
Ceci dit, il était d’un abord extrêmement gentil, hospitalier, aimable. Le voir était un plaisir. J’admirais le réconfort qu’il apportait aux malades et leurs familles.










