30.08.09
La tour de Chênex
La tour de chÊnex
Dans la ferme Duval en haut de Chênex se trouvent quelques vestiges des XVe ou XVIe siècle. On y voit de vieilles fenêtres à accolades, d’anciennes portes, un pan de vieille tour et un vieux four à pain. De quand datent-ils ? En 1864 l’instituteur les décrit ainsi : il y avait « un château qui a été démoli par les Bernois [1590], il n’y en a plus que les masures [ruines] [et] le pan d’une tour qui était sexagone ».
Remontons plus haut dans le temps. En 1542 François Mistral seigneur de « Cheinex » y possède une maison d’habitation en ruines avec une écluse de moulin. Au même endroit, un château vient d’être construit avec ses tours carrées et rondes, ses granges, étables, grenier etc. François Mistral déclare avoir acheté ces biens à la famille de Chênex qui les tenait déjà en 1421. Il s’agissait de petits seigneurs de la région du Vuache.
16.05.09
Mgr L. E. Duval
Léon‑Etienne Duval
Le Monde 1er juin 1996.
Le jour même où l'on découvrait les corps des sept moines assassinés de Tibéhirine, la petite communauté chrétienne d'Algérie était éprouvée par la disparition de sa figure la plus connue et la plus estimée, celle du cardinal Léon‑Etienne Duval, ancien archevêque d'Alger - (1954-1988), décédé jeudi 30 mai, à l'âge de quatre-vingt‑douze ans, dans sa résidence voisine de la basilique Notre-Dame‑d'Afrique. Il avait été opéré du col du fémur le 15 mai, veille de l'Ascension, et s'était montré très affecté par la disparition et l'exécution des religieux trappistes.
Très grand, d'une extrême maigreur, le visage ascétique, si pâle qu'il paraissait translucide,
Mgr Léon-Etienne Duval donnait dans les dernières années de sa vie, une impression de fragilité qui contrastait avec la force de caractère dont il avait toujours fait preuve, en particulier pendant la guerre d'Algérie. Le regard doux, la voix faible mais assurée, l'archevêque d'Alger semblait alors ignorer les obstacles. Son sens de la justice, son esprit de charité, joints à une simplicité évangélique, lui ont permis de faire front aux pires difficultés, avec une assurance tranquille et une obstination peu commune.
CONTRE LA TORTURE
Né à Chênex (Haute-Savoie). le 9 novembre 1903, Léon-Etienne Duval entre, à l'âge de douze ans, au petit séminaire de La Roche‑sur-Foron qu'il quitté en 1921 pour le grand séminaire d'Annecy. De là, il gagne le séminaire français de Rome, d'où il sort en 1928 docteur en théologie, après avoir été ordonné prêtre deux ans plus tôt. De retour en Haute-Savoie, il est vicaire à Saint-Gervais, puis enseigne au grand séminaire jusqu'en 1938.
Vicaire général du diocèse d'Annecy pendant la deuxième guerre mondiale, il est nommé évêque de Constantine en 1946, après les émeutes de Sétif.
Cela bouleverse le cours de sa vie : consacré le 11 février 1947, il gagne l'Algérie, à laquelle il liera désormais son destin pendant près de cinquante ans. « Quand je suis venu en Algérie, j'ai eu l'intention d'y rester jusqu'à la fin de mes jours », dira-t-il dans un livre d'entretiens publié en 1984.
Le 3 février 1954, quelques mois avant qu'éclate la « révolution du 1er novembre », Mgr Léon-Etienne Duval est transféré au siège épiscopal d'Alger et y prend ses fonctions le 25 mars. Il y connaîtra la période la plus difficile de sa vie. Pleins de tact, de lucidité et de générosité, les sermons qu'il prononce pendant huit ans se heurtent à l'incompréhension de la majorité des fidèles européens et lui valent l'hostilité acharnée des extrémistes.
Dès le 1er janvier 1956, il prône l'entente entre les deux communautés, chrétienne et musulmane, pour « construire l'Algérie nouvelle ». « Il faut dit-il, que chacun fasse un pas vers son semblable pour le mieux comprendre. » Dans une Algérie embrasée par la guerre, mais « où tout peut encore être sauvé », il cite encore, en 1958, ce proverbe berbère : « TU fais un tapis, mais les fils de l'écheveau sont emmêlés ; ne tire pas trop sur les mailles, car tout cassera. » Un an plus tard, il souligne que « la paix sera au bout des efforts de tous les hommes de bonne volonté ». Alors que la guerre se fait plus inhumaine et la torture plus courante, il multiplie les rappels : « Le fondement de la société humaine est le respect de la personne. » Ou encore : « Toute souffrance injustement infligée à un innocent, tout acte contraire au droit naturel ne peuvent avoir comme résultat que de rendre plus docile la construction de la paix »
D'année en année, ses adjurations se font plus précises et plus pressantes, et, alors que les attentats de l'OAS accentuent la cassure et provoquent l'exode des Européens, il lance cet ultime cri, le 20 mars 1962 : «Il n'y a d'espoir que dans la compréhension réciproque, la collaboration fraternelle, la réconciliation, la volonté de paix. »
Une fois l'indépendance instaurée, l'archevêque d'Alger acquiert la nationalité algérienne, le 11 février 1965, ce qui renforce les attaques des nostalgiques de l'Algérie française contre celui qu'ils appelaient, par dérision, «Mohamed Duval » nom qui lui était aussi donné par affection par ceux qui l'aimaient. Onze jours plus tard, le pape Paul VI, qui approuve son geste, le crée cardinal.
Tenu en très haute estime par les Algériens, le cardinal Duval fait preuve de la même fermeté tranquille lorsque l'Église d'Algérie se heurte aux tracasseries de l'administration. C'est notamment le cas quand la gendarmerie nationale occupe, en 1976, les trois basiliques de Saint-Augustin à Annaba, de Notre-Dame-d'Afrique à Alger et de Notre-Dame-de-Santa-Cruz à Oran. La situation devait redevenir normale quelques semaines plus tard, sur l'ordre du chef de l'Etat, Houari Boumediene, à qui le prélat s'était adressé.
LA CAUSE PALESTINIENNE
Au concile Vatican II (1962-1965), Mgr Duval siège sur les bancs des évêques d'Afrique, militant en faveur d'une meilleure compréhension de l'islam, l'autre combat de toute sa vie. Il est en 1971 coprésident du synode des évêques au Vatican consacré à l'évangélisation et siégera dans les instances romaines chargées du dialogue inter-religieux. Ce catholique traditionnel au plan doctrinal, qui cite sainte Bernadette et le curé d'Ars, se montre amateur de belles liturgies, fréquente le général de Gaulle, se nourrit de Camus et des Pères de l'Église - il connaît saint Augustin par coeur - et fera des choix révolutionnaires pour l'époque.
Ainsi est-il encore présent dans les lieux où se jouent la reconnaissance du tiers-monde et la coopération entre pays industrialisés et pays pauvres, créant une association internationale de droit algérien (Rencontre et développement) dont l'intention est de participer au développement de l'Algérie. Il ne ménage pas ses sympathies pour la cause palestinienne, soulignant, en 1988, qu'« aucune solution juste et durable n'est possible au Proche‑Orient si l'on ne reconnaît pas d'abord la légitimité du soulèvement de la population des territoires occupés par la force ». De même, estimé des Iraniens, est-il invité à Noël 1979 à Téhéran, en pleine crise des otages américains. Il entretient des relations de confiance avec la plupart des dirigeants algériens.
Mais l'ancien archevêque d'Alger - qui était l'oncle de Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen et président de la Conférence des évêques de France - assistera impuissant à la montée de l'islamisme et à la nouvelle dégradation de la situation en Algérie, faisant cette confidence, en 1992, au Monde : « En 1961-1962, derrière la violence, il y avait une formidable espérance, celle de l'indépendance. Aujourd'hui, derrière la violence, il n'y a plus d'espérance du tout, plus rien d'autre qu'un grand vide. »
Dans sa maison proche de Notre-Dame-d'Afrique, le cardinal Duval continuait de recevoir, de s'informer, affligé par les assassinats successifs de prêtres, de religieux, de religieuses. Il refuse d'être rapatrié pour se faire soigner, marquant ainsi jusqu'au bout son attachement passionné à l'Algérie, jusqu'à vivre l'ultime calvaire de l'enlèvement et de l'exécution des sept moines.
Paul Balta et Henri Tincq








