16.05.09
Mgr L. E. Duval
Léon‑Etienne Duval
Le Monde 1er juin 1996.
Le jour même où l'on découvrait les corps des sept moines assassinés de Tibéhirine, la petite communauté chrétienne d'Algérie était éprouvée par la disparition de sa figure la plus connue et la plus estimée, celle du cardinal Léon‑Etienne Duval, ancien archevêque d'Alger - (1954-1988), décédé jeudi 30 mai, à l'âge de quatre-vingt‑douze ans, dans sa résidence voisine de la basilique Notre-Dame‑d'Afrique. Il avait été opéré du col du fémur le 15 mai, veille de l'Ascension, et s'était montré très affecté par la disparition et l'exécution des religieux trappistes.
Très grand, d'une extrême maigreur, le visage ascétique, si pâle qu'il paraissait translucide,
Mgr Léon-Etienne Duval donnait dans les dernières années de sa vie, une impression de fragilité qui contrastait avec la force de caractère dont il avait toujours fait preuve, en particulier pendant la guerre d'Algérie. Le regard doux, la voix faible mais assurée, l'archevêque d'Alger semblait alors ignorer les obstacles. Son sens de la justice, son esprit de charité, joints à une simplicité évangélique, lui ont permis de faire front aux pires difficultés, avec une assurance tranquille et une obstination peu commune.
CONTRE LA TORTURE
Né à Chênex (Haute-Savoie). le 9 novembre 1903, Léon-Etienne Duval entre, à l'âge de douze ans, au petit séminaire de La Roche‑sur-Foron qu'il quitté en 1921 pour le grand séminaire d'Annecy. De là, il gagne le séminaire français de Rome, d'où il sort en 1928 docteur en théologie, après avoir été ordonné prêtre deux ans plus tôt. De retour en Haute-Savoie, il est vicaire à Saint-Gervais, puis enseigne au grand séminaire jusqu'en 1938.
Vicaire général du diocèse d'Annecy pendant la deuxième guerre mondiale, il est nommé évêque de Constantine en 1946, après les émeutes de Sétif.
Cela bouleverse le cours de sa vie : consacré le 11 février 1947, il gagne l'Algérie, à laquelle il liera désormais son destin pendant près de cinquante ans. « Quand je suis venu en Algérie, j'ai eu l'intention d'y rester jusqu'à la fin de mes jours », dira-t-il dans un livre d'entretiens publié en 1984.
Le 3 février 1954, quelques mois avant qu'éclate la « révolution du 1er novembre », Mgr Léon-Etienne Duval est transféré au siège épiscopal d'Alger et y prend ses fonctions le 25 mars. Il y connaîtra la période la plus difficile de sa vie. Pleins de tact, de lucidité et de générosité, les sermons qu'il prononce pendant huit ans se heurtent à l'incompréhension de la majorité des fidèles européens et lui valent l'hostilité acharnée des extrémistes.
Dès le 1er janvier 1956, il prône l'entente entre les deux communautés, chrétienne et musulmane, pour « construire l'Algérie nouvelle ». « Il faut dit-il, que chacun fasse un pas vers son semblable pour le mieux comprendre. » Dans une Algérie embrasée par la guerre, mais « où tout peut encore être sauvé », il cite encore, en 1958, ce proverbe berbère : « TU fais un tapis, mais les fils de l'écheveau sont emmêlés ; ne tire pas trop sur les mailles, car tout cassera. » Un an plus tard, il souligne que « la paix sera au bout des efforts de tous les hommes de bonne volonté ». Alors que la guerre se fait plus inhumaine et la torture plus courante, il multiplie les rappels : « Le fondement de la société humaine est le respect de la personne. » Ou encore : « Toute souffrance injustement infligée à un innocent, tout acte contraire au droit naturel ne peuvent avoir comme résultat que de rendre plus docile la construction de la paix »
D'année en année, ses adjurations se font plus précises et plus pressantes, et, alors que les attentats de l'OAS accentuent la cassure et provoquent l'exode des Européens, il lance cet ultime cri, le 20 mars 1962 : «Il n'y a d'espoir que dans la compréhension réciproque, la collaboration fraternelle, la réconciliation, la volonté de paix. »
Une fois l'indépendance instaurée, l'archevêque d'Alger acquiert la nationalité algérienne, le 11 février 1965, ce qui renforce les attaques des nostalgiques de l'Algérie française contre celui qu'ils appelaient, par dérision, «Mohamed Duval » nom qui lui était aussi donné par affection par ceux qui l'aimaient. Onze jours plus tard, le pape Paul VI, qui approuve son geste, le crée cardinal.
Tenu en très haute estime par les Algériens, le cardinal Duval fait preuve de la même fermeté tranquille lorsque l'Église d'Algérie se heurte aux tracasseries de l'administration. C'est notamment le cas quand la gendarmerie nationale occupe, en 1976, les trois basiliques de Saint-Augustin à Annaba, de Notre-Dame-d'Afrique à Alger et de Notre-Dame-de-Santa-Cruz à Oran. La situation devait redevenir normale quelques semaines plus tard, sur l'ordre du chef de l'Etat, Houari Boumediene, à qui le prélat s'était adressé.
LA CAUSE PALESTINIENNE
Au concile Vatican II (1962-1965), Mgr Duval siège sur les bancs des évêques d'Afrique, militant en faveur d'une meilleure compréhension de l'islam, l'autre combat de toute sa vie. Il est en 1971 coprésident du synode des évêques au Vatican consacré à l'évangélisation et siégera dans les instances romaines chargées du dialogue inter-religieux. Ce catholique traditionnel au plan doctrinal, qui cite sainte Bernadette et le curé d'Ars, se montre amateur de belles liturgies, fréquente le général de Gaulle, se nourrit de Camus et des Pères de l'Église - il connaît saint Augustin par coeur - et fera des choix révolutionnaires pour l'époque.
Ainsi est-il encore présent dans les lieux où se jouent la reconnaissance du tiers-monde et la coopération entre pays industrialisés et pays pauvres, créant une association internationale de droit algérien (Rencontre et développement) dont l'intention est de participer au développement de l'Algérie. Il ne ménage pas ses sympathies pour la cause palestinienne, soulignant, en 1988, qu'« aucune solution juste et durable n'est possible au Proche‑Orient si l'on ne reconnaît pas d'abord la légitimité du soulèvement de la population des territoires occupés par la force ». De même, estimé des Iraniens, est-il invité à Noël 1979 à Téhéran, en pleine crise des otages américains. Il entretient des relations de confiance avec la plupart des dirigeants algériens.
Mais l'ancien archevêque d'Alger - qui était l'oncle de Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen et président de la Conférence des évêques de France - assistera impuissant à la montée de l'islamisme et à la nouvelle dégradation de la situation en Algérie, faisant cette confidence, en 1992, au Monde : « En 1961-1962, derrière la violence, il y avait une formidable espérance, celle de l'indépendance. Aujourd'hui, derrière la violence, il n'y a plus d'espérance du tout, plus rien d'autre qu'un grand vide. »
Dans sa maison proche de Notre-Dame-d'Afrique, le cardinal Duval continuait de recevoir, de s'informer, affligé par les assassinats successifs de prêtres, de religieux, de religieuses. Il refuse d'être rapatrié pour se faire soigner, marquant ainsi jusqu'au bout son attachement passionné à l'Algérie, jusqu'à vivre l'ultime calvaire de l'enlèvement et de l'exécution des sept moines.
Paul Balta et Henri Tincq
06.02.09
L'abbé Jean Delorme
l’abbé Jean Delorme
Vulbens, Haute-Savoie, 1920-2005
Biographie
L’abbé Jean DELORME, ancien professeur de l’Institut catholique de Lyon fut le fondateur du CADIR (Centre de Documentation du Centre pour l'Analyse du Discours Religieux). Le CADIR conserve des ouvrages traitant de sémiotique. Il garde également des revues : Actes Sémiotiques, Etudes théologiques et religieuses, Langages, Degrés.
Adresse et horaires d'ouverture :
Faculté de Théologie, 12 rue St Exupéry, 69002 Lyon, 1er étage.
Tél. : 04 72 32 50 23 Ouverture le vendredi de 8 h à 12 h.
http://www.univ-catholyon.fr/1196954566143/0/fiche___article/&RH=1174661240749
L’abbé Jean DELORME est décédé le 30 août 2005, à l’âge de quatre vingt-cinq ans. La messe de sépulture avait lieu en l’église Saint-Maurice d’Annecy, 5 septembre 2005, suivie de l’inhumation au cimetière de Vulbens (Haute-Savoie).
Extraits du site http://catholique-lyon.cef.fr/rubrique.php3?id_rubrique=77
« Le Père Jean Delorme, 85 ans, théologien de renommée internationale, est décédé à Annecy le 30 août, des suites d’une longue maladie.
Volontiers pince-sans-rire, d’un abord facile et chaleureux, tout puits de science qu’il fût, il avait l’art de rendre accessible à son auditoire les concepts théologiques les plus complexes. Jusqu’en 2004, il avait animé, des années durant, des parcours de formation au Centre diocésain «La Puya», la maladie le contraignant seule, alors qu’il fêtait ses 60 ans de ministère, à interrompre son activité enseignante.
Né à Vulbens en 1920, Savoyard passionnément attaché à son village, il aimait se présenter en disant que « Genève est à côté de Vulbens »...
Revenu de Suisse où il avait fui pour échapper au STO, il est ordonné prêtre en décembre 1944.
Durant l’après-guerre, ses études le conduisent à la Faculté catholique de Lyon, où il obtient le doctorat en théologie, à l’Institut biblique de Rome et à l’École biblique de Jérusalem, où il se lie d’amitié avec le futur Cardinal Decourtray.
Professeur au Grand Séminaire d’Annecy de 1952 à 1958, il part ensuite, pour raison de santé, au Plateau d’Assy, où il est aumônier du Sanatorium de Praz-Coutant.
Professeur aux Facultés catholiques de Lyon à partir de 1963, il découvre la sémiotique en 1967, lors du congrès des biblistes, par l’intermédiaire de Paul Ricœur. Dans la foulée de Paul Ricœur, Roland Barthe, et Louis Marin, il est à l’origine du développement de l’analyse structurale appliquée aux textes bibliques. En 1975, il fonde, avec quelques amis de l’Université catholique de Lyon, le Centre pour l’analyse du discours religieux (CADIR), toujours actif.
Très enraciné dans sa terre, il a donné aussi des conférences dans le monde entier, en Corée, à Madagascar, au Tchad, au Québec, en Hollande, en Lituanie, en Suisse, en Algérie....
Spécialiste de saint Marc, jusqu’au bout, il a animé en Savoie des rencontres régulières d’études d’Évangile, extrêmement appréciées.
Outre de nombreux ouvrages d’érudition, le Père Jean Delorme a publié : « Au risque de la parole » (Seuil, 1991) et les « Cahiers Evangiles N° 1 et 2 - Lecture de l’Évangile selon Saint Marc » (Cerf). »
Bibliographie
cliquer ici Delorme2
03.11.08
Dingy conté par Jean Rosay



15.12.07
Montaigne en Savoie
Montaigne, Journal de voyage en Italie par la Suisse et l’Allemagne en 1580 et 1581, librairie Garnier 1942, p. 234 et 235.
Traduction en français d’aujourd’hui par Ph. DURET
Dans ce passage cet écrivain décrit son retour d’Italie par la vallée de la Maurienne vers la France.
« Lanslebourg, deux postes, est un village au pied de la montagne où est la Savoie. Nous vinmes coucher à deux lieues [soit huit km], dans un petit village [Termignon ?]. Partout il y a beaucoup de truites et les vins sont excellents, tant les vieux que les nouveaux.
De là, nous vinmes dîner par un chemin tortueux et pierreux à
Saint Michel de Maurienne, à cinq lieues, un village où se trouve la poste [relais de chevaux]. De là, nous vinmes au gîte bien tard et bien mouillés à
La Chambre, à cinq lieues, une petite ville d’où les marquis de la Chambre tirent leur titre.
Le vendredi 3 novembre, nous vinmes dîner à
Aiguebelle, à quatre lieues, bourg fermé. Nous prîmes notre gîte à
Montmélian, à quatre lieues. Le fort est situé sur une petite croupe qui s’élève au milieu de la plaine entre ces hautes montagnes. La ville est assise au-dessous du fort, sur la rivière d’Isère qui passe à Grenoble, à sept lieues. Je ressentais à quel point les huiles d’Italie étaient excellentes : celles de Savoie commençaient à me faire mal à l’estomac là où les autres jamais ne me revenaient à la bouche.
Nous vinmes dîner à
Chambéry, deux lieues, ville principale de Savoie, petite, belle et marchande, plantée entre les monts, mais en un lieu où ils se reculent et font une bien grande plaine.
Delà nous passâmes le Mont du Chat, haut, raide et pierreux mais nullement dangereux ou mal aisé. A son pied est assis un grand lac [lac du Bourget] le long duquel se trouve un château nommé Bourdeau où se font des épées de grande renommée. Nous prîmes notre gîte à Yenne, à quatre lieues, un petit bourg. Le dimanche matin nous passâmes le Rhône que nous avions à notre main droite, après avoir passé un petit fort [celui de Pierre-Châtel] que le duc de Savoie y a bâti entre les rochers qui se serrent bien fort [défilé de Pierre-Châtel.
Les mémoires d'un dirigeant communiste
Les mémoires de Jean Vittoz, communiste
Jean Vittoz, Sur la Grand’ Route… de ma vie, vers 1984.

Les communistes haut-savoyards font rarement l’objet d’études, sauf à propos de leur rôle en 1940-1945. Voici l’autobiographie d’un de leurs dirigeants.
Jean Vittoz naît en 1908 aux Abrets (Isère). Dans la localité, deux usines de soieries avec une main d’œuvre féminine étroitement surveillée. Le père répare vélos et motocyclettes tandis que la grand-mère fait les lessives chez les bourgeois. Imagine-t-on que les oranges ne sont vendues qu’en fin d’année et que l’auteur voit sa première banane à l’âge de dix-huit ans ? La famille prend son bain dans un bac qui se trouve dans l’écurie. On s’épouille. Il y a onze enfants.
Heureusement de petites choses améliorent l’ordinaire : la grand-mère possède un jardin et une vigne, on rapporte des fruits d’une maison bourgeoise et en 1915 le père dont l’activité mécanique est devenue indispensable se fait payer en nature. La famille vit donc « non pas pauvrement mais avec économie ».
Mais Jean a horreur de la mécanique et ne veut pas devenir mécano comme papa. Il fera des études, lui ! Il sortira de la condition ouvrière, lui ! Hélas, après le certificat et une première année de cours supérieur, le manque d’argent l’oblige à arrêter. Il a quatorze ans. Coup de chance, un pharmacien lui enseigne alors le métier de préparateur. Les industries pharmaceutiques étant peu développées, il faut préparer sur place la plupart des médicaments (non remboursés). Il faut beaucoup lire pour apprendre les dosages. Parfois on herborise en montagne. Jean travaille en Isère et Haute-Savoie, surtout à Annemasse et Genève et touche 1800 F par mois, un bon salaire.
Finalement, sur le plan professionnel il s’en est bien sorti. Mais il était devenu sociologiquement différent de sa famille. Le communisme lui permettra d’assumer cet écart, de rester symboliquement fidèle à son père ( = la condition ouvrière) tout en ayant sa propre vie.
Sur le plan politique Jean venait d’une famille où jusqu’en 1914 les hommes adhéraient à la SFIO et chantaient Montéhus. Arrive la guerre de 1914 qui bouleverse tout. La mère a du mal à toucher les allocations militaires, cas fréquent. Leur patriotisme est meurtri. La révolution russe de 1917 enthousiasme ces républicains déçus et ils la considèrent comme un deuxième 1789. Au café les discussions vont bon train. Jean sympathise avec les frères Cuaz, un maréchal-ferrant et des ouvriers « pas trop mal payés », syndicalistes SFIO qui préfèrent les réformes douces aux violences révolutionnaires. En 1920 au congrès de Tours, le père de Jean vote pour la motion bolchevique. Deux députés locaux adhèrent au PCF.
En Isère comme en Haute-Savoie, ces premiers communistes sont surtout des ouvriers et des artisans. Parmi eux, des « anarcho-syndicalistes » combatifs mais peu disciplinés. Il faudra des années au PCF pour les faire marcher au pas ou les éjecter. Pendant les années 1920 les rangs communistes fondent comme neige au soleil.
Jean Vittoz est impressionné par Just Songeon, instituteur savoyard devenu communiste et candidat aux législatives de 1920. Il admire aussi Lucie Colliard, institutrice savoyarde féministe et communiste qui « avait la parole aisée ». Le frère de Jean milite contre la guerre au Maroc. En 1929-1931, pendant son service, Jean qui a adhéré depuis peu rencontre un sergent-chef qui le protège contre la répression, un prêtre marqué par les fusillades de mutins en 1917.
Ces premiers communistes qui mythifient la ville et l’usine ont du mal à établir le contact avec la ruralité savoyarde, d’où leur marginalité et l’amertume qui en découle. « Il faut avoir vécu cette époque pour comprendre ce qu’il a fallu d’énergie, de volonté pour affronter les électeurs en Haute-Savoie en majorité paysans ». « Il faut dire qu’avant 1939, le Parti comptait environ 120 adhérents répartis sur Annecy, Annemasse, Faverges, La Roche, Le Fayet, Cluses, Thonon, Evian, quelques paysans à Machilly, Cervens. Le Parti recrutait ses adhérents dans le usines de SNR (roulements à billes), la SNCF, la douane, les pêcheurs du Léman, les ouvriers du Livre ».
Dans les années 1930, Jean Vittoz milite à Lyon dans le quartier populaire du Bachut, insalubre. Il combat avec courage pour l’amélioration des conditions de vie qui étaient tout à fait déplorables. Que les générations futures lui en soient reconnaissantes !
Le moment est venu de prendre du pouvoir et des responsabilités. Il entre au Bureau fédéral du PCF et se présente aux cantonales. Les grèves de 1936 l’exaltent. Il milite aussi au syndicat. En 1937 il est licencié à cause de ses idées et visite l’URSS.
Arrive la guerre, période à laquelle l’essentiel du livre est consacré. En 1940 Vittoz reste en Haute-Savoie où il tente de reconstituer le Parti. Il cherche à reprendre contact avec les ouvriers CGT. Mais beaucoup hésitent, d’autres sont surveillés ou emprisonnés. Il faut vaincre « l’idée que Vichy était la meilleure solution, que Pétain avait évité le pire ». Jusqu’en 1941 la Légion était populaire, dit-il. Vittoz est à l’origine avec Pierre Girardot et Hubert Mugnier du « Manifeste à la population savoyarde » de février 1943. Il risque sa vie pour défendre la liberté et l’indépendance nationale.
Début 1943 la vague de refus du STO brise leur isolement. Jean s’occupe des FTP, organisation militaire proche du PCF et du Front national de l’époque, son équivalent civil.
A la Libération, auréolé du prestige de l’Armée rouge, le PCF a le vent en poupe. En Haute-Savoie le nombre de cartes grimpe de 200 à plus de 1000. Le journal communiste l’Etincelle tire à 3000 exemplaires. Jean est membre de la commission d’épuration du canton d’Annemasse et n’a guère de considération pour les autres partis. « A part le PCF, aucun parti politique en tant que tel n’avait fait de résistance » affirme-t-il trop rapidement… Selon lui, les élus d’avant 1939 étaient soit collaborateurs, soit trafiquants... Il en veut beaucoup à Louis Martel, député de droite.
Malgré les pressions, Jean refuse de devenir député, préférant laisser la place à Boccagny dont le PCF semble se méfier. Il devient conseiller général de 1946 à 1951 puis candidat aux législatives de 1958. En 1971 il prend sa retraite pour se consacrer aux associations d’anciens combattants.
Dans ce livre Jean Vittoz montre du talent. Les portraits de sa famille, du quartier ou de ses camarades sont émouvants.
Néanmoins, l’émotion ne saurait tenir lieu d’analyse. Ni le courage ou le dévouement. Il faut bien signaler une absence totale de sens critique. Pour Vittoz le Parti est infaillible, comme l’Eglise pour les grenouilles de bénitier. Sur nombre d’événements historiques, rien n’est dit ou si peu. L’essentiel du livre décrit l’enfance et la guerre, sujets suscitant l’unanimité et susceptibles d’offrir une légitimité à un parti affaibli. Mais peu de lignes sur 1936, la Guerre d’Espagne ou la Guerre d’Algérie. Absolument rien sur le pacte germano-soviétique, la Guerre froide ou Mai 1968. Rien sur la situation en Union soviétique. Rien sur les conflits internes au Parti. Que de silences !
En somme, un homme à la fois généreux et dévot.
Fernand David au Liban
L’EX DÉPUTÉ DE SAINT-JULIEN VA AU LIBAN

Vers 1900, la France était la puissance dominante en « Syrie naturelle », grâce à ses investissements économiques et son rayonnement culturel. Elle est considérée comme la protectrice naturelle des chrétiens d’Orient. On parlait d’une « France du Levant ». Les Britanniques, qui occupaient l’Egypte, avaient fini par reconnaître de mauvaise grâce cette primauté.
Arrive la guerre de 1914.
Français et Anglais s’unissent contre les Allemands. De son côté l’empire ottoman s’allie avec les Allemands (avec qui il a des liens économiques) afin de se débarrasser des Anglais et Français.
La mécanisation de la guerre (premiers avions, premiers chars) fait prendre conscience aux franco-britanniques de leur dépendance envers le pétrole. Or il y a du pétrole à Mossoul. Et l’empire ottoman bien malade est en train d’agoniser. Dans ces conditions, on aurait bien tort d’avoir des scrupules. Servons-nous sans vergogne… Tel était le raisonnement occidental.
En avril 1920, la conférence de San Remo confie à la France un mandat sur la Syrie et le Liban, avec un but, l’indépendance des deux territoires.
Les nationalistes syriens sont déçus car ils espéraient la création d’une Syrie indépendante, incluant la Palestine et le Liban. La fin de l’empire ottoman avait été marquée par un début de démocratisation incomplet mais les deux puissances européennes cassent cette évolution par leur découpage territorial et leur intervention colonialiste.
Les nationalistes syriens refusent le mandat français et proclament unilatéralement l’indépendance de leur pays. Les troubles se multiplient en Syrie et au Liban.
Nonobstant, les troupes du général Gouraud entrent à Damas en juillet 1920.
Le 1er septembre 1920, le haut-commissaire de la France au Liban proclame l’Etat du Grand Liban, séparé de la Syrie.
Le 24 juillet 1922 le mandat français sur la Syrie et le Liban est confirmé par la Société des Nations.

La population développe un sentiment antifrançais. Au Liban et en Syrie la présence française est contestée par les Druzes, depuis longtemps hostiles aux chrétiens libanais qu’ils considèrent comme les « chouchous » des Français. Peut-être encouragés par les musulmans et les Syriens, les Druzes combattent les troupes françaises.
En 1922-1923 le président du conseil Poincaré y voit un complot des Britanniques avec qui il se trouve un peu en froid. Il envoie au Liban son ami Fernand David, sénateur, ancien député de Saint-Julien-en-Genevois, ancien ministre, réputé pour connaître la situation coloniale.
Le Liban deviendra une république démocratique et multi-confessionnelle. Un pays original et sympathique. Un sentiment patriotique et national libanais se développera.
La Syrie se sentira toujours lésée et tentera une garder une l’influence sur le Liban.
Marin de Montchenu
Marin de Montchenu,
Seigneur du Vuache, maître d’hôtel et ambassadeur de François 1er
Marin de Montchenu naquit vers 1590 dans une famille originaire du Dauphiné et dont une branche implantée en Genevois servait depuis longtemps les rois de France. A Amboise, alors que Louis XII n’a pas de fils, Marin devient grâce à ses protecteurs l’un des compagnons d’enfance du futur François 1er.
Dès 1509, il guerroie en Italie. Il se trouve à Marignan (1515) et à Pavie (1525).
A la cour de France il exerce de nombreuses fonctions : maître de chambre, maître d’hôtel, maître des cérémonies... Il est directement subordonné au Grand Maître Anne de Montmorency. On le voit s’occuper des dépenses de bouche, certifier pour l’administration le prix de pièces de tissu, d’un achat de vaisselle d’argent... Il vérifie les travaux d’un charpentier au château de Saint-Germain.
François 1er l’envoie comme ambassadeur à Genève et à Berne. Il y mène des intrigues et recrute des soldats. Pour les payer il doit parfois hypothéquer ou vendre ses biens personnels.
Il fut chargé de mettre fin à la querelle entre le duc de Savoie et le comte de Genève. Le roi l’envoya devant le Parlement de Paris afin d’obtenir des subsides.
Marin fut nommé sénéchal et gouverneur du Limousin En 1538 il inspecte la frontière picarde.
Juliette Groz, première mairesse du 74
Juliette Groz (1899-1953) fut la première femme maire en Haute-Savoie. Or cette communiste fut élue, non dans une ville ouvrière mais à Dingy-en-Vuache, petite commune agricole comptant seulement 170 électeurs en 1945.
Comment l’expliquer ?
D’abord, la culture familiale a joué. Depuis la Révolution les Groz ont souvent exercé des responsabilités municipales. Edouard, père de Juliette, fut maire SFIO.
Un facteur local intervient également. La mémoire locale affirme que Raclaz était peu pratiquant. Il paraît qu’un instituteur avait influencé toutes les familles sauf deux. On parle d’un groupe d’anticléricaux et du café d’Emile Martinet dit Mile La Platte, ancien cheminot syndicaliste de Bellegarde chez qui on parlait politique.
Le communisme de Juliette s’inscrivait dans cette lignée familiale et locale. D’une certaine façon il fonctionnait comme une sorte de radical-socialisme rénové, en plus social, moins macho, moins intégriste laïc et bien sûr favorable à la catégorie des ouvriers.
Le PCF bénéficie également de l’héritage de la Résistance, héritage qu’il fait fructifier par une propagande hyperbolique. En 1940 et 1941, la ligne de démarcation passe sous Raclaz. Les jeunes la traversent. Dans le journal communiste l’Etincelle (13-10-45), Juliette raconte : « Je franchissais chaque jour clandestinement la ligne de démarcation pour passer des réfugiés, du courrier, je cachais et hébergeais chez moi des réfractaires et des proscrits, effectuais la liaison entre les réfractaires que l’on m’envoyait de Lyon, de Chambéry, de Saint-Etienne et d’ailleurs, après les premières formations du maquis, de Dingy à Annemasse à bicyclette et presque toujours la nuit, à la barbe des Boches. Je convoyais moi-même par le train des groupes de « maquisards » de Valleiry à Annemasse, avec l’aide de M. Phippaz, chef de gare à Valleiry, de mon bon camarade Marius Vincent fusillés tous les deux dans d’atroces conditions ». Elle héberge Jean Fournier, de Lyon, fuyant le STO, qui fit de la résistance et sera tué.
Les 29 avril et 13 mai 1945 se tiennent des municipales, premières élections depuis le début de la guerre. Le MRP démocrate-chrétien est concurrencé par le PCF. Celui-ci, bien organisé, multiplie les réunions, les cellules et les cours de formation. En Haute-Savoie, le nombre de ses adhérents double. Le parti promeut des militantes. Les communistes s’activent dans l’UFF (Union des Femmes Françaises). Le PCF bénéficie aussi de l’inquiétude des paysans.
Une vingtaine de maires PCF est élue (un seul maire communiste avant guerre). A Dingy sur 170 électeurs, 105 votent au premier tour. Deux listes se trouvent en compétition, celle de Juliette et celle de l’ancien maire. Ce n’est pas Juliette qui reçoit le plus de voix et pourtant le conseil la choisit comme maire. On raconte qu’elle avait un bon niveau d’instruction, qu’elle était célibataire, sans exploitation à charge et qu’elle était autoritaire. Or il fallait quelqu’un de capable pour les formalités nécessaires à la reconstruction du hameau de Bloux incendié par les Allemands.
Une fois maire, Juliette co-préside l’amicale des élus communistes. En juin 1945, elle participe à une conférence régionale du PCF.
Durant son mandat elle se montre dynamique. Le journal communiste lui consacre de longs articles, il en fait sa vedette. Grâce à elle, Dingy a obtenu un service de cars vers Annecy deux fois par semaine. Il décrit son énergie à propos d’un chemin dont les fossés se bouchent. « Il faut poser des conduites en ciment [...] mais pour les tuyaux en ciment, il faut des bons. [...] Elle obtient des bons, elle trouve les tuyaux » ((L’Etincelle, 21-09-46).
La reconstruction du hameau de Bloux fut longue. Un journal raconte : « Bloux eut le privilège d’être adopté par un illustré catholique de Genève, l’Echo Illustré et il en a déjà reçu de grands bienfaits. Le 1er août [1945], le journal venait, une fois de plus, faire une visite à ses protégés et leur apportait tout le petit outillage agricole dont ils ont besoin. [...] Madame Gros, maire de Dingy, entourée de son conseil municipal, reçut l’Echo Illustré. [...] Et au cours de la petite collation qui suivit et à laquelle prenaient part tous les sinistrés de Bloux, Mlle Gros exprima la reconnaissance de ses administrés. Elle rappela comment la Suisse, vint déjà, à plusieurs reprises au secours de notre pays en détresse » (Le Patriote savoyard, 16-08-45).
Extrait de l’Etincelle : « Constitution de l’Association locale des sinistrés du hameau de Blue [sic], rattachée à la Fédération départementale, dont Juliette Groz assure la vice-présidence. [...] Puis la commune n’étant pas "classée", ce furent d’incessantes démarches... Après de vaines démarches auprès de l’Inspection générale de l’Urbanisme à Lyon et appuyée par deux délibérations du conseil municipal, notre amie Juliette Groz se rendit à Paris auprès de notre camarade François Billoux, ministre de la Reconstruction. Trois semaines plus tard, le 17 septembre 1947, le décret ministériel classant Blue comme localité française sinistrée paraissait au Journal Officiel » (26-09-47).
La municipalité célèbre la Résistance. « Dingy-en-Vuache. Le dimanche 25 novembre [1945], à 15 h 30, a eu lieu la cérémonie d’inauguration d’une plaque commémorative apposée au monument aux morts, à la mémoire de Chapport Albert, soldat au 182e régiment d’artillerie lourde, tué en captivité au cours d’un bombardement aérien de Munich le 16 novembre 1944, et de Fournier Jean de Lyon, parti pour la libération de la Haute-Savoie avec le groupe de résistance de Dingy-en-Vuache, engagé volontaire puis nommé caporal-chef au 6e bataillon alpin, tué aux avant-postes sur le front des Alpes le 5 avril 1945. Devant une nombreuse assistance, Mlle Groz, maire, retraça leur vie exemplaire [...]. Elle salua la présence de leurs familles. [...] Mlle Groz termina en formulant l’ardent espoir que les peuples du monde sauront s’unir pour bannir à jamais le fascisme autour des guerres et des massacres qui déshonorent l’Humanité » (L’Etincelle 08-10-45).
Le 16 novembre 1946, le curé de Vulbens l’invite à assister à une messe pour la statue de N. D. de Boulogne. Elle répond : « Je dois vous faire connaître que le chef de la Municipalité de Dingy-en-Vuache, soucieux de demeurer respectueux de toutes les opinions comme de toutes les croyances, se doit de rester absolument neutre en cette circonstance. Naturellement, Messieurs les Conseillers Municipaux demeurent personnellement entièrement libres».
Encouragée par son parti, Juliette se présente aux cantonales des 23 et 30 septembre 1945. Elle a pour adversaire un radical et Louis Martel, MRP. au premier tour Juliette obtient 44 % des voix contre 49,8 % à Martel. Elle le devance dans les communes du Vuache. Au second tour elle est battue par 400 voix car les abstentionnistes modérés votent.
Atteinte d’un cancer, contestée pour son caractère pas toujours diplomate, Juliette ne se représente pas aux municipales d’octobre 1947 et meurt en 1953. Elle avait demandé que l’on ne fasse pas de cérémonie religieuse (ainsi faisaient les libres-penseurs vers 1900). Il paraît qu’à l’inhumation il y eut des drapeaux rouges.
Illustrations
- portrait et " impressions de J. G." : L'Etincelle, journal communiste de Haute-Savoie, 15-09-1945
- résultat du premier tour des cantonales : L'Etincelle 29-09-1945
Just Songeon, patoisant et communiste


Le préfet Yves Farges
Farge Yves, (1899-1953)
Préfet en Haute-Savoie à la Libération.
Avant la guerre, il est journaliste au Progrès de Lyon.
A l'armistice, il poursuit son travail et entre dans la résistance. Dès 1941, il collabore aux journaux de la Résistance et contribue à la fondation du mouvement Franc-Tireur. Il rencontre Jean Moulin en 1942 et se voit chargé du projet d'organisation militaire du Vercors.
Il est également membre du 1er Etat-major de l'Armée secrète (A S).
Après les arrestations de "Vidal" et de Jean Moulin en juin 1943, traqué par la Gestapo et la police de Vichy, Yves Farge monte à Paris où il est chargé, au nom du Conseil National de la Résistance (CNR), de présider le Comité d'Action contre la Déportation (CAD). Le CAD a en charge de renseigner la Résistance sur les intentions allemandes dans le cadre du STO, de fabriquer de fausses cartes de travail et d'alimentation, de distribuer des fonds aux maquis.
En avril 1944, Yves Farge est nommé Commissaire de la République pour la Région Rhône-Alpes. Il a sous sa responsabilité huit départements dont : l'Ain, la Savoie, la Haute-Savoie etc. II appuie le maquis du Vercors et organise les secours après l’invasion du plateau par les Allemands.
Le 21 août 1944, il parvient à se faire remettre les clés du Fort Montluc (Lyon) par le général allemand, sauvant 800 otages.
Le 3 septembre 1944, il assure pendant un an ses fonctions de Commissaire de la République avant de reprendre son métier.
En 1946, il est délégué du gouvernement pour assister aux expériences atomiques sur l'atoll de Bikini. La même année, il est nommé Ministre du Ravitaillement.
En 1947, il fonde le Mouvement des Combattants de la Paix et de la Liberté.
Principales publications :
• Toulon, Editions de Minuit, Paris 1943
• Sauvons nos gosses. A Megève, premier village d'enfants, Lyon 1945
• Vent des fous, Paris 1946
• Rebelles, soldats et citoyens. Souvenirs d'un Commissaire de la République, Paris 1946
• Lettre au Président Truman, Paris 1949
• La République est en danger, Paris 1950
• La Guerre d'Hitler continue, Paris 1950
• Le sang de la corruption, Paris 1951
• Témoignage sur la Chine et la Corée, Paris 1952
• Un simple mot, Paris 1953
• Histoire vécue de la Résistance. Rebelle soldat et citoyen, carnet d'un Commissaire de la République, Genève 1971
sources :
http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/328.html
http://www.histoire-en-questions.fr/scene/epuration/scenefarges.html
http://www.mecanosprod.com/26_MINUTES/VILLAGE_D_ENFANTS.htm
http://www.canalacademie.com/Les-tribunaux-du-peuple-a-la.html
http://www.humanite.fr/journal/1996-06-28/1996-06-28-755301
http://www.maquisdelain.org/pveyret/ain.html






