HistoireduVuache

Histoire de la montagne du Vuache en Haute-Savoie. Non loin de Genève et de l'Ain. Au bord du Rhône. Communes de : Eloise, Chene-en-Semine, Arcine, Clarafond, Chevrier, Vulbens, Valleiry, Dingy-en-Vuache, Savigny, Minzier, Jonzier, Vers, Chaumont

Notes sur 1860-1940 - HistoireduVuache

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19.09.09

Barrage de Génissiat

Le barrage de Génissiat

Au lendemain de la première guerre mondiale, les besoins en énergie sont énormes : il faut équiper les campagnes et les industries modernes (électrométallurgie, électrochimie). La production électrique passe de deux milliards de kWh en 1913 à quinze milliards en 1930. Vers 1930 l’hydroélectricité fournit la moitié de la consommation d’énergie.

Fin 1919 le sénateur de l’Isère Léon Perrier dépose un projet de loi pour créer la CNR (Compagnie nationale du Rhône). La loi est votée en 1921 mais les règlements d’application ne voient le jour qu’en 1931. Il faut attendre 1933 pour que la société soit réellement constituée. La CNR reçoit la concession de l’aménagement du Rhône pour produire de l’électricité, améliorer la navigation et développer l’irrigation. Cette société d’économie mixte comprend comme actionnaires le département de la Seine (gros consommateur), des chambres de commerce et d’industrie, le chemin de fer PLM et des sociétés travaillant dans l’électricité.

Le travail accompli est digne des plus grands éloges. Dix-huit barrages sont construits soit un quart du parc hydroélectrique français. La CNR produit de l’électricité rétrocédée ensuite à EDF. Cela développe des industries et fournit les ressources pour cet aménagement du fleuve auquel on pense depuis longtemps mais que l’on diffère faute de moyens.

La première réalisation est Génissiat, de 1938 à 1948. Il s’agit d’un barrage-poids en béton, d’une hauteur de 104 m. permettant une chute utile de 69 m (= centrale de moyenne chute) qu’actionnent six groupes de turbines. A côté du barrage, se trouve le déversoir de crue destiné au trop-plein. Pour pallier aux inconvénients des éclusées qui lâchent d’importantes quantités d’eau, un barrage de compensation est créé plus bas.

En 1946 on ne nationalise pas la CNR car Edouard Herriot, maire de Lyon s’y oppose. Elle reste une société d’économie mixte mais avec des actionnaires nationalisés : la SNCF, EDF.

Aujourd’hui, Génissiat constitue la deuxième centrale hydroélectrique française.

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20.12.08

L'aventure des tuiliers

Jean Maret et Michel Tissut

L’aventure des tuiliers en Avant-Pays savoyard

Edité par la FAPLA (Fédération des associations de protection du Lac d’Aiguebelette)

2008

287 pages

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Concerne la région entre le Lac du Bourget et le massif de la Chartreuse, entre Belley et Les Echelles.

Nombreuses photos, croquis, cartes etc.

Résumé du sommaire

- Origine et localisation des gisements d’argile

- Les tuiles, leur fabrication (renseignements concrets et utiles)

- Les tuileries et leurs vestiges

- Evolution des tuileries aux XIXe et XXe siècles

- L’emploi des tuiles en Avant-pays savoyard : mode couverture, caractères des toitures

- Dynamique évolutive du bâti de la mappe sarde de 1730-1738 à nos jours, dans deux zones tests : le port d’Aiguebelette et le bourg de Lépin-le-Lac.

- Rencontres (chapitre très vivant, narration des enquêtes sur le terrain, rencontres des auteurs avec leurs informateurs).

                                    

10.11.08

Minzier, monuments aux morts

Les deux monuments aux morts de Minzier (Haute-Savoie).

Ils sont situés de part et d’autre de l’église paroissiale. minzier1

Sur l’un on peut lire :

« A ses quatre-vingts braves revenus victorieux de la Grande Guerre, Minzier exprime sa reconnaissance et sa fierté.

Consolatrice des affligés, protégez nos blessés ; nos veuves, nos orphelins.

Unis comme au front ».

Le socle soutient la statue de la Vierge Marie portant l’enfant Jésus. La tête de Marie est en partie arrachée.

Sur l’autre :

« Aux enfants de Minzier morts pour la France. 1914-1918.

Qu’ils soient à jamais bénis de Dieu et des hommes.

Pie Jesus Domine Dona eis requiem.

1939-1940 Besson Honoré »

Le socle porte la statue d’une femme en armure (Jeanne d’Arc) portant un drapeau avec les fleurs de lys, symbole de la monarchie capétienne.

On notera :  Minzier

- L’absence de laïcité. L’Etat n’est pas neutre vis-à-vis de la religion.

- L’originalité de la première statue. Pour une fois, on célèbre les vivants et non les morts. C’est bien sympathique. La plupart des monuments sont tellement morbides…

- La formule « unis comme au front » est toujours restée un vain fantasme, sans application pratique. Heureusement d’ailleurs : l’unité est contraire à la démocratie. Celle-ci exige des différences importantes. L’unité risque de mener au fascisme, c’est ce qui s’est produit en Italie avec Mussolini et en Allemagne avec Hitler.

- Rappelons qu’à l’époque de Jeanne d’Arc, la Savoie ne relevait pas du royaume de France mais constituait un Etat indépendant.

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23.12.07

Alcooliques

Dans les archives la lutte contre l’alcoolisme revient souvent car ce fléau fait des ravages : rixes, suicides, incendies, chutes dans les ravins qui bordent les routes...

pris_de_boissonA Scionzier en 1903 un horloger de cinquante ans, alcoolique, déclare son intention de se suicider. On retrouve son cadavre dans l’Arve [1]. En 1903 un cultivateur de Vulbens, pris de boisson, assassine un homme [2].

Le 4 mars 1904, au café Douvre à Boussy, Joseph Pierre B., vingt-et-un ans, maçon-cultivateur, rencontre P. attablé et pris de boisson. Ils boivent ensemble et jouent aux cartes. « Excité par la boisson, P adressa des reproches à B au sujet d’un marché passé avec son frère, puis il fit le pari de boire autant de rhum que B pourrait consommer de vin blanc ». Des coups s’ensuivent et P meurt [3].

En 1908 T..., domestique à Bons, fait le pari qu’il pourra boire un litre d’absinthe. Et ce qui devait arriver arriva : aussitôt fini, il tomba raide mort [4].


[1] Le Cultivateur savoyard 8 janvier 1903

[2] Cultivateur Savoyard 19 novembre 1903

[3] Le Cultivateur savoyard, 5 mai 1904.

[4] ADHS, Presse 186-8, 2 avril 1908

Violences villageoises

Querelles, insultes et coups de poings

La mode est à l’adoration des racines, du terroir, de l’identité etc. Cela revient à s’adorer soi-même, ou plutôt à adorer l’image « truquée » renvoyée par le miroir de nos fantasmes. Ici j’ai voulu montrer une facette occultée du « bon vieux temps », une époque qui pouvait être violente et dure, en tous cas différente de l’harmonie bucolique et champêtre que nous imaginons.

La moralité de notre village est notre bien le plus précieux...

Le 13 brumaire an III. Louise D., native de Vanzy, journallière chez Claude Magnin, est enceinte d’un homme « avec lequel j’ai eu à faire à Passeirys où j’étais en efeuille ». Le coupable est parti en Amérique, son pays natal (?). La municipalité ordonne à la demoiselle de quitter la commune dans les quinze jours.

Archives communales de Vulbens, Actes municipaux 1794-1815.

Ils ont une drôle de tête, ceux-là...

A Moissez, lieu-dit de Vulbens placé au bord du Rhône, se trouvaient une tuilerie et une ferme appartenant au marquis du Vuache. La plupart des fermiers qui s’y succédèrent furent des étrangers au Vuache, ainsi les Reymond, les Reynaud, les Duret. Ils sont souvent victimes des tensions sociales entre le marquis et les villages de la plaine. A Moissez il y a un chemin menant à Chancy ; beaucoup d’habitants pratiquaient la contrebande entre Genève et la Savoie.

Le 13 mai 1793 la municipalité de Vulbens écrit au marquis : « La barraque que vous avez a la forest sur moissés placée sur le grand chemin est devenue un lieu de retraite pour les assassins, qu’un individu y a perdu la vie dont les vestiges ont été trouvés ses jours derniers auprès d’icelle ». On saisit chez les Reymond un fusil et deux bayonnettes et l’affaire fut portée devant le juge de paix de Viry. Celui-ci justifia ainsi les poursuites : « parce que se sont des etrangers qui étoient là il y a peu de tems dans la dernière misère et aujourd’hui commensent a brillier ». De plus le fils aîné « n’est pas revetu de grande réputation dans le public ny d’une phiséonomie bien faisante ».

Fonds Reynaud, archives de la Salévienne.

Touche pas au grisbi !

« Je, Jean Claude P... promet devant M. Raffort en sa qualité d’officier de police, de ne plus fréquenter [...] la nommée Josephte R.... avec laquelle j’ai eu des commerces illicites et qui ont causé des scandales dans la commune. [...] Je m’engage [...] de ne plus résider au hameau du R..., mais de venir établir ma demeure au chef-lieu qui est mon hameau natal et où ont toujours été mes ancêtres en promettant de plus de me réunir à ma femme et de vivre ainsi que doit faire tout bon chrétien.

Fait à double dans les archives de la commune, le 26 juin 1823. »

Signé : Jean Claude R...; J. Raffort « sindic »

Fonds Reynaud, archives de la Salévienne.

Fallait pas m’énerver !

Tribunal de Saint-Julien, audience du 25 novembre 1835

Pierrette F., de Vulbens, accuse Marin D..., de l’avoir injurié en la traitant de catin, reste de bordel, coquine. Il l’a terrassé en lui prenant la tête et la jetant dans le bachal. Il a menacé du poingt son fils Joseph âgé de trois ans et demi.

Marin se défend : j’ai été provoqué car elle m’a traité de restant de prison, d’échappé de prison, ce qui est faux.

ADHS, 12 FS 21/6

Rififi pour une robe de chambre

Tribunal de Saint-Julien, audience du 9 décembre 1835.

Claudine M habitant à X fait une requête.

Catherine femme autorisée de Joseph C, défendeur.

Requête : Claudine M a exposé que le deux dudit novembre 1835 travaillant de son métier de tailleur X chez Charrière, elle fut, après diner, faire la petite promenade, revenant par le chemin qui conduit depuis la maison de Charrière à la maison d’un nommé Lombard, ce même lieu elle fut remontrée par Catherine femme de Joseph C, qui se mit à lui dire, d’une voie forte et colère : putin, garce, la veut séduire mon fils Louis, la ne vaut rien, déjà tu as pris des cocons pour te faire rouler [ou couler ?] un enfant.

La démène ne dit mot, baisse la tête, ses yeux se remplissent de larmes, et elle s’en va. La femme C, furieuse, lui va après et lui donne alors des coups de poings sur la tête, et la frappe sur le dos, avec une corbeille qu’elle avait. Cette scène s’est passée en public et a attroupée beaucoup de monde.

L’on sait le préjudice irréparable que de pareils propos proféré surtout en public, portent à une jeune fille, même de la conduite la plus innocente et la plus réservée comme est la démène.

La défendeuse (?) a répondu que le premier novembre jour de la Toussaint dernière au sortir de la messe, elle défendeuse ayant été accostée par la démène, celle-ci instruite que la première s’opposait à ce que son fils et son mari la fréquentassent, se mit à la proferer à la défendeuse, jusqu’à son habitation, toutes sortes d’horreurs, en la traitant de putin, charogne, de trainée, de débordée, en l’accusant d’envoyer ses filles à paris pour se prostituer. Que le lendemein deux novembre la défendeuse ayant outrepassé la démène dans le chemin de X et dans un endroit où précisemment une femme lavait des linges, celle-ci salua la défendeuse à quoi cette dernière répliqua : tu as bien de la bonté de saluer une salope, une charogne (...), la dite Monpitton se prit immédiatement à lui dire : oui, tu es une salope, une putin, une coquine, le sindic de X te passe dix huit fois par jour sur le ventre.

La défenseuse a convenu que, de cette circonstance, elle riposta par d’autres injures de la nature en général de celles rapportées par la démène, en ajoutant que celle-ci était d’autant plus une prostituée qu’elle en avait pour ainsi dire convenu avec elle, lorsque lui montrant un jour des robes de chambre ou de sureté, elle lui disait « voilà les choses dont les messieurs se servent pour éviter d’avoir des enfants » et qu’elle alla jusqu’à lui donner quelques coups d’un panié qu’elle avait au bras.

ADHS, 12 FS 21/6

C’est pas vrai... j’ai pas porté le manteau rouge !

Tribunal de Saint-Julien, audience du 23 décembre 1835.

Catherine François épouse de Joseph C demeurant à X et Jean M, du même lieu.

Requête du 18, de Catherine François : Jean M s’est permis le douze du courant, à X, en présence de plusieurs personnes, s’entretenant sur le compte d’elle, alors absente et déchirant à belles dents sa réputation, et son honneur à plusieurs reprises, qu’elle s’était parjurée, quelle avait prêté de faux serments, et qu’en punition de ce crime, elle avoit porté le manteau rouge et qui plus est qu’elle était à la veille et toute disposée à en commettre un semblable.

La défense : Premièrement que le douze du courant (...) passant devant la maison de la demanderesse celle-ci se mit à l’injurier en lui disent d’un ton de voix très élevé, le voilà voleur, le voilà mauvais sujet ! Ah que mon fils a eu tort de préter de l’argent à des voleurs, à des frippons, à des vauriens.

Deuxièmement que ce ne fut qu’ensuite de ces injures qu’il répliqua tout machinalement.

ADHS, 12 FS 21/6

Fils ingrats ? ou père casse-pied ?

24 août 1852, testament de Laurent Duret, à Raclaz d’amont. « Je lègue à mon fils Jean Duret [...]. Je donne et lègue aussi à ma fille Péronne [...]. Et ce sont les susdits deux legs en préciput par reconnaissance des soins que mes deux légataires m’ont constamment donnés, tant en santé qu’en maladie et notamment Jean, en compensation des sommes qu’il a payées pour moi à divers créanciers, tandis que mes deux autres fils Xavier et François se sont mariés hors de la maison dès plus de dix ans et qu’ils m’ont entièrement abandonné. »

Préciput : droit pour un héritier de prélever une certaine somme sur la succession, avant que le partage soit fait.

ADHS, tabellion de Saint-Julien.

15.12.07

Ne pas idéaliser l'école de Jules Ferry

La conférence sur les valeurs républicaines au début du Xxe siècle

Il ne faisait guère chaud, cette soirée du 3 novembre, à Viry. L’assistance était venue nombreuse pour entendre ma conférence sur les valeurs civiques dans les cahiers de classe (1903-1914) de mon grand-père. Une sacrée émotion, cet hommage que je voulais lui rendre. Finalement c’est grâce à lui que j’ai passé tant de bons moments dans la région. J’imaginais le contentement de mon père, décédé mais toujours là.

Le sujet de cette conférence m’avait paru utile. En effet une mode récente nous demande d’adorer et d’imiter l’école républicaine du « bon vieux temps », sans se rendre compte qu’en réalité on la mythifie.

Dans ces années d’avant le cataclysme de 1914, la république toute neuve était une des rares démocraties européennes. La condition ouvrière n’était pas toujours rose, la France venait de conquérir au son du canon un immense empire colonial, l’industrie se développait lentement mais sûrement et l’exode rural commençait.

Un des aspects les plus émouvants de ces cahiers est l’éloge qu’ils font de la démocratie et des droits de l’homme. On sent un peuple heureux d’avoir conquis de haute lutte le suffrage universel contre l’opposition des notables, un peuple fier de son parlement. Un manuel reproduit de beaux conseils à donner aux élèves : « Apprenez-leur à se défier d’eux-mêmes, des entraînements de la discussion, de séductions de la logique à outrance, des conclusions précipitées, des affirmations superbes, à écouter ceux qui ne pensent pas comme eux, à tâcher même d’entrer dans leurs raisons, à être vraiment intelligents, ni intolérants ni sectaires ».

Avec le recul du temps, le patriotisme apparaît comme parfois militariste et exagéré, mais jamais on ne voit de sentiments agressifs vis-à-vis de l’Allemagne. Jamais non plus la France n’est définie comme une « race ».

La laïcité était moins psychorigide qu’on pourrait le penser. Dans les cours du primaire on fait référence jusqu’en 1927 à une morale déiste (un peu comme aux USA, en moins fort).

Le progrès technique est considéré avec un optimisme dont notre époque paranoïaque aurait bien besoin.

Ceci dit, il faut voir également l’envers du mythe. Les femmes ont la nationalité sans la citoyenneté ; on les invite à rester devant leurs fourneaux. Le paysan est présenté comme l’essence même de la vertu et l’ouvrier comme un être inquiétant. On ne doute pas que la France a raison d’apporter la civilisation aux « sauvages » et d’ailleurs si ces bandits résistent, elle doit se montrer énergique, n’est-ce-pas. Les compositions laissent peu de place à l’initiative de l’élève car les idées sont imposées. On dénonce l’alcoolisme alors que dans le même temps le gouvernement baisse les taxes sur l’alcool.

A la fin de la conférence, un débat nourri s’engagea. On évoqua les excès de l’anticléricalisme, la démocratie chrétienne et la difficulté de la France à accorder un pouvoir réel à ses régions. On discuta des causes du déclin des patois. Faut-il en rendre responsable l’école et ses brimades, le sectarisme jacobin, la guerre de 1914-1918, ou l’urbanisation du mode de vie ? La IIIe république a-t-elle favorisé l’égalité des chances ? La morale d’autrefois avait-elle de bons côtés ? Peut-il y avoir une morale efficace sans Dieu ? En réalité on se plaignait déjà de la turbulence des enfants et je dois bien avouer que mon grand-père était un des plus enragés à jeter des cailloux sur les vitres des voisins.

Le libertinage 1860-1940

Résumé de ma conférence du 11 septembre 2006 à La Roche

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Le texte intégral paraîtra vers l'été 2008 dans les Actes du Congrès des Sociétés savantes de Savoie.

Par «libertinage», j'entends  : relations sexuelles pré-conjugales, adultères, maisons de rendez-vous etc.

En 1870 un homme abandonne son épouse pour sa belle-soeur. En 1871 un Roméo et sa Juliette mineurs s'enfuient du domicile parental. En 1878 une domestique, trop coquette selon sa patronne, reçoit ses amants, généralement militaires, avec qui elle finit les fonds de bouteilles. Une paysanne tombe enceinte quand elle va en «effeuille» dans le canton de Vaud. Et ces domestiques : sont-elles enceintes à cause d'un patron abusif ou d'une amitié galante? En 1901 une veuve et ses filles font la fiesta avec leurs «invités». En 1914 un Savoyard établi à Lyon «vit maritalement avec une mauvaise femme».

Arrive la guerre de 1914. Les certitudes vacillent. En 1917 des anarchistes consolent des épouses esseulées ce qui indigne un maréchal des logis à la retraite. En 1919 deux jeunettes quittent Aix-les-Bains pour aller danser à Annecy.

Vers 1937-1940 le libertinage se développe. Des restaurants louent des chambres à des couples à la recherche d'un refuge. Une bonne fait le mur pour rejoindre ses amants. Dans les bals on fait des rencontres qui se terminent dans une chambre du quartier.

A la fin de la conférence, Mlle Hermann me fit remarquer dans les comptes de châtellenie de la fin du Moyen Age on trouve déjà beaucoup de pratiques sexuelles "hors normes".

Cette question me pousse à développer ma réflexion. Que s'est-il passé entre le Moyen Age et la fin du XIXe s ? Davantage de contrôle social ! La naissance de la monarchie absolue (François 1er puis Louis XIV). Les intellos de l'Humanisme et de la Renaissance (Ronsard n'est pas un baba-cool !). Le fondamentalisme protestant puritain. Le concile de Trente et la transformation d'une Eglise qui devient plus efficace, plus moderne, plus surveillante. Puis le Progrès scientifique avec son cortège de certitudes en acier inoxydable. Le travail en usine pas toujours rigolo. Et enfin la IIIe République qui par certains côtés est une Eglise catholique n°2.

Les gens ont-ils voulu se défendre contre les intrusions de ces institutions et idéologies normatives ? D'où ce libertinage "pré soixante-huitard". Mai 68 serait-il le début d'un retour à un Moyen Age délectable, avec davantage d'autonomie et d'initiative ?

Les sociétés d'assurance

Philippe Gonod, Les sociétés d'assurances mutuelles de l'Ain au XIXe siècle, entre communauté et commune, article paru dans Ruralia numéro 1998-02.

Note de lecture.

A l’heure où l’on parle à tort ou à raison d’une « crise de la démocratie », il est utile de méditer sur l’exemple des premières caisses d’assurance d’un département voisin.

A l’origine, il y a « l'initiative britannique qui fait suite à l'incendie de Londres en 1666 ».

Puis les élites françaises font de même. Par exemple « en 1705, l'archevêque de Reims crée une « caisse des incendiés ».

Les mutuelles-incendie locales apparaissent dans la vallée du Rhône et de la Saône à partir des années 1840, « faisant probablement de cette région l'un des plus importants et anciens foyers de l'assurance mutuelle ».

Leur diffusion est facilitée par la loi de 1867 qui clarifie le cadre juridique. Une convergence se noue entre l’initiative populaire basée sur le bouche à oreille et le notaire qui apporte sa compétence juridique et son réseau de relations.

C’est d’abord dans le Val de Saône que se développent les mutuelles. Cela s’explique par un habitat dense et groupé de petits propriétaires-exploitants qui lors des guerres napoléoniennes prirent l’habitude de faire des contrats pour couvrir le risque de voir le sort désigner leur fils pour partir à l’armée.

Dans le reste du département les sociétés sont plus rares ou couvrent le territoire de plusieurs communes.

La gestion des premières sociétés est assurée de manière collégiale et « le rôle du maire paraît davantage être un rôle de représentation plutôt qu'un rôle de direction ». Ce sont des communes où les quelques grands propriétaires s’impliquent peu. Les premiers rôles sont tenus par des artisans qui, par leur métier, connaissent la valeur des biens qu'ils auront à estimer : maîtres charpentiers, géomètres, maçons etc. « Etre syndic est d'abord une affaire de compétence et non d'influence ou de pouvoir ».

Philippe Gonod constate un rôle croissant des élus après 1867. Il l’explique par le fait que les mutuelles récemment créées se trouvent dans des endroits où les traditions communautaires sont faibles et où elles couvrent plusieurs communes, ce qui pour les habitants rend nécessaire la représentation de chaque commune par ses conseillers. De plus, à partir de la fin du Second Empire, les sociétés apparaissent dans des communes « où les grands propriétaires non exploitants sont davantage en prise avec la vie municipale ». Il s'agit pour les élites locales, de « prendre pied dans la principale structure rassemblant les propriétaires. [...] La mutuelle devient le théâtre de luttes de pouvoir où l'influence prend le pas sur la compétence ».

L’auteur termine par un appel à la prudence : les documents sont si rares qu’il est difficile de transformer les hypothèses en certitudes

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