18.09.08
généalogie Montchenu

16.12.07
Laurence Fontaine, Pouvoir identités migrations
Laurence Fontaine, Pouvoir, identités, migrations dans les hautes vallées des Alpes occidentales (XVIIe-XVIIIe siècle), Presses Universitaires de Grenoble, 2003.
Note de lecture
Ce livre nous invite à complexifier nos analyses. L’auteur montre comment au-delà des divers régimes juridiques de dévolution des biens, les parents s’adaptent avec souplesse à la conjoncture. Si celle-ci est bonne, on dotera le plus possible d’enfants pour laisser l’exploitation à un seul héritier. Sinon, on laissera les biens en indivision.
L’image idéalisée d’une démocratie villageoise égalitaire de petits propriétaires ne résiste pas non plus à l’analyse. Certaines familles contrôlent les communautés à travers leurs fonctions notariales et fiscales. Le Parlement aussi impose son contrôle. La seule liberté qui reste aux communautés consiste à jouer des rivalités entre notables locaux.
L’endettement se révèle un facteur d’inégalité plus déterminant que la possession foncière. Il crée du clientélisme car le créancier a intérêt à assurer la survie de ses débiteurs et ceux-ci lui apportent leur soutien pour l’aider face aux familles rivales ou à l’Etat.
Les identités ne sont pas fixes mais répondent à des stratégies. Dans les interrogatoires de justice, les hommes portent plusieurs prénoms interchangeables, prennent le nom de leur épouse ou utilisent leur surnom. Beaucoup ont plusieurs métiers (p. ex. agriculteur/tisserand) qu’ils revendiquent différemment selon qu’ils se trouvent en face de tel ou tel interlocuteur. Devant l’administration, on taira son état de colporteur afin d’éviter les ennuis. Dans son village natal on le revendiquera fièrement afin de briller.
Les marchands sédentaires mettent en cause le lieu d’origine des marchands migrants afin de se protéger de la concurrence. Un dicton souabe déclare qu’il faudrait enfermer dans un même pot les Juifs, les errants, les Savoyards et leurs pareils. Des deux côtés du Rhin « Savoyard » devient une injure.
Inversement, les intendants invoquent la « pureté des moeurs » des montagnards afin de proposer un modèle édifiant à une population urbaine remuante.
L’identité devient donc « une construction, plus ou moins complexe, plus ou moins manipulable », « un concept d’interaction qui permet de décrypter les tensions, les luttes » (p. 155).
Ces économies alpines, qu’elles soient tournées vers le colportage, l’industrie à domicile ou l’élevage (ex. le Beaufortin et le gruyère à partir de 1630), sont entraînées dans une commercialisation précoce, dans de vastes horizons géographiques. Chacun peut être amené à migrer pendant un certain laps de temps, en raison de la dureté des conditions de vie et de la faiblesse des mécanismes d’entraide. « La mobilité était au fondement de la vie alpine : elle touchait toute la population et faisait partie de la vie du village à l’égal de toute autre activité », « elle est devenue un élément intrinsèque de leur développement » (p. 242).
Le travail au loin est répandu. Les Savoyards partent à Turin comme domestiques ou hommes de peine, beaucoup s’engagent à Genève comme maçons. La Tarentaise est fréquentée par des colporteurs qui vendent des montres et des bijoux fabriqués à Genève ou en Suisse.
Le rôle de la terre dans les sociétés montagnardes ne doit pas être surestimé.
15.12.07
Baroque en Maurienne
La société d'histoire locale "La Salévienne" étudie le Nord-Ouest de la Haute-Savoie et ses environs. Chaque année elle organise des visites de monuments historiques à Genève, en Bourgogne, au Pays de Gex, en Haute-Savoie etc. En 1995 elle organisa un voyage vers la vallée de la Maurienne en Savoie. Nous y admirâmes de magnifiques églises baroques.
Voici quelques photos.










Deux réflexions sur le baroque :
Texte n°1 :
Monsieur Robert BORNECQUE
(Université GRENOBLE 2)
Polycopié, 18 avril 1994
ROME OU LA JOIE DU BAROQUE
Baroque : le mot est piégé […]. A l'origine le terme italien de Barocco désigne une perle irrégulière, et par extension un objet d'art bizarre ; jusqu'en 1930 il lui est attaché un sens peu favorable , depuis les historiens de l'art l'appliquent à certains aspects artistiques des XVIIe et XVIIIe siècles.
Les origines du baroque
Le XVIe siècle est pour l'église catholique une période de graves difficultés ; réforme, succès du protestantisme en Allemagne et en Angleterre, guerres de religion en France. Elle se ressaisit par la Contre Réforme. De 1545 à 1562, le Concile de Trente va bâtir les fondations d'une église rénovée ; les papes sont désormais des modèles de vie rigoureuse. Les ordres religieux se sont réformés ; des ordres nouveaux apparaissent, surtout celui des jésuites, instrument privilégié de la papauté. Cette période de la deuxième moitié du XVIe siècle est cependant pour l’église un temps de pénitence, d'austérité, ce qui va se traduire dans l'art de 1'époque. Les tableaux s'inspirent de sujets dramatiques, avec des coloris relativement neutres. Le « Jugement dernier » de Michel-Ange, représentatif de cet art, n'est pas un jugement de pardon. Mais au début du XVIIe siècle l'église a achevé sa réforme. Même dans les campagnes, le niveau intellectuel et moral des prêtres s'est beaucoup amélioré, sous l'influence de prélats comme Saint François de Sales et Saint Charles Gorromée. Le protestantisme recule ; en France, les guerres de religion sont terminées ; en Allemagne les collèges de jésuites sont l'instrument de la reconquête catholique, et la guerre de Trente ans est marquée par des succès catholiques. […]
Texte n°2 : Claude-Gilbert DUBOIS, Le baroque en Europe et en France,
PUF Ecriture 1995
Extraits
Nous établissons la naissance d’un baroque historique en Europe, comme un contrecoup à double effet des « Réformes » qui se sont manifestées au cours du XVIe siècle […].
- La tendance générale des Réformes agit dans le sens d’une concentration : il s’agit d’élaguer les superstructures religieuses, d’épurer la lecture des textes, d’en fortifier les bases fondamentales, de supprimer les intermédiaires. Cette tendance au resserrement constitue une classicisation de la croyance : mais celle-ci, au lieu de se modérer, s’emballe dans une radicalisation qui s’exprime par des mouvements comme le puritanisme à l’anglaise, le jansénisme à la française, le piétisme à l’allemande. Le purisme exacerbé développe l’importance de la transcendance et accentue la fracture –ou la faille ou le schize – caractéristique de cette manière de vivre, pour un homme partagé, dans le monde par décision divine, hors du monde par aspiration spirituelle.
- L’autre manière – baroque celle-là – de vivre la fracture est de s’efforcer de la combler, tout en ayant conscience de la vanité de la tâche : il s’agit d’une exaspération du désir, qui n’arrive à se satisfaire d’aucun objet, par exigence d’un « plus outre » et le maintien d’un écart – c’est en ce lieu que se manifeste à nouveau le vide d’une fracture – entre l’imaginaire de l’objet désiré et la réalité de l’objet obtenu. Page 3.
Un guide touristique, proposant un « parcours des chemins du baroque », fournit un catalogue imposant d’édifices des vallées de la Tarentaise et de la Maurienne, régions sous l’influence de deux apôtres de la Contre-Réforme, saint François de Sales et saint Charles Borromée, érigés dans les années 1650-1720 « en pleine apogée du baroque français ». Page 17.
Le problème […] est, en France, dans le réseau connotatif qui accompagne le sens de ces mots. Classique veut dire français, parfait et point d’accomplissement ; baroque veut dire étranger, contestable et inachevé. Tant que le complexe baroque des Français ne sera pas surmonté, on ira de malentendu en malentendu, et d’oppositions académiques en confrontations sans objet. Page 300
Si par baroque on entend un art et un discours fondés sur la recherche éperdue et luxuriante du paraître, pour n’avoir pas à dire ses manques ou en les disant par ce moyen, si par « baroque » on entend l’évanescence, le « change » permanent, la métamorphose et l’instabilité des formes comme symptôme de l’instabilité des essences, il est évident que l’application de ce concept abstrait à la production française se fera très mal et engendrera plus d’exceptions que de conformations. Page 302.
J'ai sacrifié ma santé
Source : ADHS 1 G 130.
Visites pastorales de 1768 (l’évêque visite les paroisses de son diocèse).
Relevé à la fin d’un registre : « La révolution française ayant fourni aux souverains une occasion favorable de mettre à exécution les réformes qu’ils méditoient depuis longtemps (...) et moi qui ai fait le présent répertoire le 18 mars 1812 (...) j’ai sacrifié mon bien et ma santé mais inutilement. Domenjoud François ».
Commentaire
- 1792, entrée des troupes françaises en Savoie.
- En 1812, le souverain est Napoléon 1er.
- En 1808 les troupes françaises envahissent Rome, en expulsent les cardinaux et confinent le pape Pie VII dans ses appartements. En 1809 Napoléon fait arrêter le pape. En 1811 l'empereur organise autoritairement un concile à Paris. En 1812 le pape est séquestré à Fontainebleau.
Décisions qui ne pouvaient que choquer les catholiques fervents comme il y en avait beaucoup en Savoie.
Clarafond avant 1792
Clarafond, village de la Semine, à l’ouest du Vuache. Région au sol pauvre, argileux. Aujourd’hui encore, les arbres des forêts y sont particulièrement malingres.
Note de lecture sur :
François Burdeyron et Henriette Tossan, Clarafond, une paroisse parmi tant d’autres.
Tome 1, Des origines à la Révolution.
Nom du village :
Clarofonte en 1275 et 1344-1365
Claire Fontaine 1338
Clarifontis 1377
Clara Fons et Clarus Fons XIVe s.
Les habitants, en patois, s’appellent Clarafouni.
Population
1411 : 50 feux (= unité fiscale ; environ 3,5 personnes par « feu »)
1481 : 36 feux
1517 : 53 feux
1581 : 50 feux
1607 : 20 feux solvables.
1730 : 360 habitants
1756 : 200 habitants
Misères et tracas
Fin XVIe s bandes huguenotes
1629 cantonnement de soldats
Gelées d’octobre 1740
1742-1749 occupation espagnole. Plusieurs habitants quittent le pays pour aller mendier.
1753 à 1755 : enfants mangés par les loups
Hiver 1765-1766 : froid et pluies, beaucoup de vent. Les récoltes périssent. Famine. Des habitants doivent manger des chardons, des dents de lion, de la chicorée amère et même l’herbe des prés.
Premier curé cité : Aymon de Lullin XIV e s.
Plus anciens actes d’état-civil : 1629
Le toit du clocher de l’église était en seigle puis ensuite en tavaillons et enfin en ardoise. Au début du XVIIIe s le chœur fut couvert en tavaillons, la nef en paille. Jusqu’en 1725 les fenêtres étaient closes avec du papier huilé.
Au début du XXe s, les maisons étaient encore couvertes en chaume.
Repas des ouvriers qui travaillent à l’église en 1725 : le matin légumes, le soir raves + pain et vin. Le peuple mange du pain de blé noir et des fruits, des noix. Le froment était vendu à l’extérieur Au milieu du XVIIIe s le curé Ducret est pourtant un gros consommateur de viande.
Production agricole en 1754 : 350 coupes de froment, 60 de seigle, 15 de légumes secs, 120 d’orge et aucune en avoine. Ensemencement biennal. Les prés mangent tout le fumier disponible. Ceux qui ont des bœufs font des transports entre Seyssel et Genève afin de pouvoir vivre.
Mauvais vin blanc.
84 bœufs, 46 vaches seulement (donc peu de lait), 34 veaux, 3 chevaux, 60 moutons (laine) et 20 cochons.
En 1730 les nobles et ecclésiastiques possèdent un tiers de la surface imposable et la moitié des revenus. De petits paysans n’avaient même pas un journal de terre (2948 m2).
La route actuelle n’existait pas. A la fin du Moyen Age le trafic change et se détourne du haut des pentes pour aller plus bas sur l’itinéraire Frétières-Clarafond-Chaumont. Les populations gagnent le plateau en contrebas.
Photo : carte touristique, syndicat du Vuache.








