Histoire du Genevois

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20 sept. 10

Promenade entre Valleiry et Chancy

 

Sortie du samedi matin 18 septembre 2010 

 

img021Quinze personnes sont venues au rendez-vous. Nous partons depuis la mairie de Valleiry (Haute-Savoie) en direction de la forêt au nord. Claude Barbier, conférencier membre de la société d’histoire La Salévienne, nous conduit aux bornes frontières entre Chancy (Suisse), Valleiry et Vulbens (France).

 

Sur la route, un chevreuil bondit  sur la route. A quelques mètres de là, des chasseurs en  veste rouge guettent le gibier sur les miradors.

Une fois descendus des véhicules, les chiens se font entendre au loin. Vers 1950-1960, ici le gibier était inexistant. Peu de sangliers ou de chevreuils. Aujourd’hui par contre le sol est défoncé par les cochons. Ils prolifèrent, créant des dégâts aux cultures, provoquant des accidents de la route, transportant des infections.

Pourquoi cette démographie animale incontrôlée ? L’animal est très prolifique et les femelles mettent bas de plus en plus jeunes, les chasseurs lui apportent de la nourriture, le réchauffement climatique crée des conditions favorables. Ils investissent sans cesse de nouveaux territoires.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/09/15/en-europe-la-proliferation-du-sanglier-devient-incontrolable_1411416_3244.html 

 

Nous suivons la frontière de la borne n°9 à la borne n°1.

La frontière a beaucoup changé en cet endroit.

En 1754, elle sépare le royaume de Piémont-Sardaigne (royaume fondé par les ducs de Savoie)  de la République indépendante de Genève (elle ne deviendra suisse qu’en 1815). En 1754 Genève et le Piémont rectifient la frontière car le territoire genevois est plein de petits morceaux enclavés en territoire sarde. Il faut simplifier tout cela, il faut modifier la frontière. On plante des bornes en bois.

borneEn 1816 l’empire napoléonien s’écroule. Les vainqueurs se partagent ses dépouilles. Le Piémont et Genève, un temps annexés par la France retrouvent leur indépendance. Un accord est passé entre le Piémont d’un côté,  la Suisse et le canton de Genève de l’autre, au sujet de la frontière. Celle-ci fait l’objet d’un procès-verbal d’installation en 1819.

Voici pourquoi certaines bornes portent un S et un G : S comme royaume de Piémont-Sardaigne et G comme Genève.

D’autres bornes, comme celle faite en 1898 pour modifier la frontière au lieu-dit Vaux, portent un F comme France (la Savoie devient française en 1860) et un S comme Suisse.

Sur le sommet des bornes un trait gravé dans la pierre matérialise la frontière.

L’une des bornes, probablement détruite, a été refaite à la fin des années 1970.

 

Les accords de 1815 prévoyaient aussi entre le Rhône et la rivière des Usses une zone franche, où les agriculteurs pouvaient ravitailler Genève sans payer de taxes douanières. Cela arrangeait Genève, presque totalement enclavée à l’intérieur des territoires français et sarde. Grace à leurs ventes, les cultivateurs « zoniens » avaient un niveau de vie confortable.

Il y avait donc des postes douaniers sur la frontière et des petites guérites  sur la ligne de la zone. Il en reste encore quelques pancartes.

Beaucoup de douaniers venaient de la Corse ou du Jura ; mal payés ils complétaient leur salaire avec petits travaux ou jardinage à Chevrier, Vulbens ou Valleiry.

 

En plus de cette zone franche,  une zone militairement neutralisée fut établie au nord de la Haute-Savoie. Genève voulait se protéger contre ses voisins, se souvenant d’avoir été attaquée par la Savoie aux XVIe et XVIIe siècles et d’avoir été provisoirement annexée par la France de 1798 à 1814. L’existence de cette zone neutre obligea en 1914 et 1916 l’armée française à fermer les hôpitaux militaires qui s’y trouvaient.

Pour la même raison diplomatique, la France abandonna le projet de construire sur le Vuache un fort militaire qui aurait pu chagriner la Suisse.

 

Pendant la guerre de 1939-1945 des barbelés furent installés sur la frontière par les Italiens, force d’occupation. Des passeurs la faisaient quand même franchir. Je me souviens avoir vu les vestiges de ces barbelés à la fin des années 1970. Il en reste encore quelques fragments. Ils étaient tenus par des piquets métalliques de deux mètres environ, vrillés à leur partie inférieure pour mieux s’enfoncer. Après la guerre les agriculteurs les récupérèrent pour faire des parcs à vaches. Mais il y avait trop de piquants, les vaches se blessaient, le métal (de fabrication italienne) était cassant.

 

Depuis la borne numéro un située au lieu-dit Vers Vaux, nous franchissons le nant de la Vosogne, toponyme celte. Le chemin forestier nous amène jusqu’au fleuve. Ici règnent tranquillité, paix, silence. Enfin, presque… car de temps en temps un avion déchire bruyamment le ciel et descend vers Cointrain. Nous apercevons sur la rive droite une ligne ferroviaire.

Un panneau à moitié rouillé indique que cette partie de la berge est propriété de la CNR, la Compagnie nationale du Rhône) (direction régionale de Belley).

·         http://www.cnr.tm.fr/fr/ 

·         http://www.rhone-geneve.ch/administration/jscripts/FileUpload/files/Brochure_Verbois.pdf 

·         http://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_nationale_du_Rh%C3%B4ne

Elle possède plus bas, à Génissiat, un barrage hydro-électrique. Une partie des berges en amont lui appartient aussi. Elle verse une taxe professionnelle  aux communes riveraines. Il y eut aussi un projet de barrage à Chevrier.

Ici le fleuve est beau, couleur de jade. Nous nous arrêtons un moment. Des viornes obier jettent des taches rouges. Quelques feuilles jaunissent déjà. Sur le sentier nous devons écarter les lianes de « ouables » (clématite sauvage, clématite des haies, herbe aux gueux ou vigne blanche).  Les adolescents en faisaient une sorte de tabac qu’ils fumaient en cachette.

De nombreux troncs d’arbres tombés à terre rappellent les destructions faites par la tempête de 1999.

 

Nous reprenons le chemin le long du Rhône. Nous sommes sur Suisse et apercevons une ile en partie comblée par des buldozzers. Des cailloux ont été empilés sur les berges et un grillage interdit d’approcher. Une triste vision, on se croirait à la limite d’un camp militaire.

Il s’agit de créer une lagune artificielle afin de lutter contre les inondations fréquentes qui provoquent le dépérissement des arbres et l’érosion des berges. Il y en a plusieurs entre la frontière et Genève. Ces plans d’eau calmes permettent aux poissons et aux oiseaux de trouver un refuge. Ils servent aussi de frayères à salmonidés et d’habitat pour les grenouilles rieuses et rousses, les salamandres… même si j’ai beaucoup de sympathie pour les batraciens, le grillage et les pierrailles me choquent.

 

Dans le coude du chemin, près de la BF7, se trouve la plaque commémorative de la visite des autorités suisses et françaises du 4 septembre 1993, sur "le point le plus à l'Ouest de la Suisse".

Nous remontons vers la plaine. Un mur a été fait pour retenir la pente glissante. La forêt était jadis bien entretenue par les Suisses de Chancy : trois personnes y travaillaient en permanence.

 

Nous arrivons sur le chemin de Genève à Moissez, jadis très fréquenté. Un gué permettait de traverser le fleuve à pied. A Moissez il y avait une tuilerie. Une paroisse aujourd’hui disparue reliait la trois hameaux de Moissez, Bans et Cologny. Son église s’écroula dans le Rhône vers 1660. Son territoire fut rattaché à Vulbens, lui permettant ainsi de devenir riveraine du Rhône. C’est pourquoi Vulbens touche d’importantes subventions de la CNR. A Cologny des Templiers établirent une ferme et un oratoire en 1996 et vers 1300 leurs biens passèrent à l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem qui prirent plus tard le nom d’Ordre de Malte.

Fleurs bleues

Nous passons à côté de la tuilerie romaine de Chancy.

http://www.randonature.ch/sentiers-didactiques/geneve/bois-de-fargout/2-la-tuilerie-romaine

Il y avait plusieurs tuileries sur les berges du Rhône : Chancy, Moissez… A Pougny la tuilerie industrielle Crépel fut fondée en 1875 puis abandonnée en 1934. On abattit les hautes cheminées et les gens récupéraient les briques.

 

Nous remontons la pente. Odeurs de châtaigniers, de feuilles mortes. L’automne approche.

Des pins sylvestres, avec leurs troncs rouges, ont été plantés sur le bord du chemin. Entre 1920 et 1970 la plantation des résineux était à la mode. Pourtant on ne peut pas dire que ces terrains argileux leur soient favorables.

 

Fin de la promenade.

 

Liens

 

Sentier « Bois de Fargout, dans les bois de Chancy

http://www.randonature.ch/pdf/Fargout-A4.pdf

 

Notice sur les bois de Chancy

http://www.tcs.ch/etc/medialib/sub/ge/pdf.Par.0005.File.tmp/26_07_Bois_de_Chancy.pdf

 

Inventaire des bornes-frontière, secteur Genève - Haute-Savoie. promenadefront

Très complet.

http://etat.geneve.ch/dt/SilverpeasWebFileServer/Rapport_final_gr802.pdf?ComponentId=kmelia763&SourceFile=1218719568881.pdf&MimeType=application/pdf&Directory=

 

 

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